Bait Mal Al Qods
 
HISTOIRE ET LIEUX SACRES 

Les hommes préhistoriques ont vécu dans la région qui est celle d'Al-Qods aujourd'hui et il semble que c'est dans ce qui constitue actuellement le quartier grec dans les hauteurs de la Vallée d'Ephraim qu'ils avaient leurs logis, car l'on y a trouvé bon nombre d'objets datant de cette époque lors de la pose de la voie ferrée et le creusement des fondations d'immeubles modernes. Quoique la superficie du lieu n'ait pas été délimitée, il semble, d'après l'éparpillement des objets trouvés et des décombres, qu'elle était très étendue.

C'est J. German-Durand qui fut le premier à découvrir cet endroit, mais c'est surtout Stekelis qui entamera en 1933, conjointement avec R. Neuville, les premières fouilles systématiques financées par l'Office de Paléontologie de l'Homme de Paris.

Grâce à ces excavations, il a été possible de découvir plusieurs endroits d'habitation. Stekelis réussit par ailleurs à grouper tous les objets trouvés en plusieurs catégories selon la nature de la substance qui a servi à leurs productions. Il pense que ce qu'il a dévouvert à Al-Qods est plus ancien que tous les objets blances. Il y a par exemple beaucoup de similitude entre les ruines d'Al-Qods et celles des grottes d'Attâbûn, mais celles-là sont plus anciennes que celles-ci.

L'existence d'Al-Qods, à l'aube de l'âge du bronze a été attestée par les excavations. C'est ainsi que des objets en terre cuite datant de cette époque ont été découverts à l'Est du Plateau. Il est fort probable que cette période (l'âge du bronze ) fût celle d'une mutation civilisationnelle en Palestine, mais la preuve que la ville a réellement existé est la découverte d'une toute petite partie de la muraille bâtie en pierre de raille vers l'an 1800 avant Jésus-Christ et qui descend vers l'Est du Plateau. Des ruines de la même époque ont été trouvées également à Ras AL 'Ain.

Au début de son histoire, la ville d'Al-Qods avait une superficie de 11 feddâns. C'est, en tout cas, ce qu'ont démontré les recherches archéologiques qui, par ailleurs, nous informent que les vestiges du début de l'âge du bronze n'existent pratiquement plus à cause des carrières et des excavations. En revanche, il subsiste encore quelques ruines de peu d'importance dispersées sur les versants des collines. Il semble qu'Al-Qods soit devenu une ville préstigieuse au milieu et à la fin de l'âge du bronze (aux en virons des 14e et 13e siècles avant Jésus-Christ), c'est-à-dire à l'époque des Jébuséens. Elle a réussi à stopper, durant cette période, les incursions israélites pour un bon bout temps.

Al-Qods fut longtemps gouverné par les Jébuséens. La Torah le décrit comme une ville jébuséenne très puissante. Elle le restera d'ailleurs jusqu'à ce qu'elle fût libérée par Daoud (David) - que le Salut de Dieu soit sur Lui - en l'an 995 avant Jésus-Christ. Pour le prophète Daoud, l'occupation de la ville était la seule issue salutaire pour le maintien de son pouvoir qui avait débuté par le massacre de ses ennemis et le refoulement des Philistins dans les satrapies littorales.

C'est sur les hauteurs du Plateau Azzahra, dans la partie méridionale de la ville clôturée aujourd'hui, qu'Al-Qods, ville jubéenne, avait été édifié dans un lieu protégé naturellement par les vallées qui l'entourent de tous les côtés. Malgré la puissance autorisé que Daoud (sur Lui la Paie) a pu établir sur les régions de l'Est; du Nord et Sud, il n'a jamais été en mesure d'annexer le littoral palestinien à son domaine d'influence. Il semble que cela est dû à la politique d'équilibre que les autorités égyptiennes ont toujours entretenue avec Daoud et les Philistins. C'est à la raison qui explique que les régions côtières n'ont jamais été sous la domination israélite.

La plus ancienne inscription de la ville d'Al-Qods est mentionnée dans les textes égyptiens découverts à Tell-Al Amarna et qui remontent aux environ de l'an 1370 avant Jésus-Christ. En effet, c'est à cette époque que le gouverneur d'Al-Qods « Idî Hayyâ » avait adressé une lettre au Pharaon égyptien « Akhnaton », lui demandant de l'aide et des renforts contre les assauts des Khabîrû devenus trop dangereux pour la paix dans le pays.

La conquête d'Al-QODS par Daoud (sur Lui la Paix ) contenait en germe la création d'une entité politique pour les Israélites avec comme leader le Prophète Daoud. D'une manière générale on peut dire aujourd'hui que l'infiltration des Israélites en Palestine a été et reste un sujet de controverses. Selon certaines versions, quelques anciennes tribus israélites se sont infiltrées Sud, d'autres de l'Est (vers le Nord), sans jamais former un seul groupe, à cause de la puissante ville d'Al-Qods qui s'interposait entre eux, jusqu'au jour où Daoud (que la Paix soit sur Lui) la conquit.

Les récits de la Torah nous apprennent qu'en entrant à Al-Qods (Jésus), Daoud, sur Lui le Salut, séduisit les Jébuséens et fit embellir leurs ville. Cependant, celle-ci semble ne pas avoir été agrandie de son temps. Il n'existe, en tout cas, aucun indice prouvant une extension quelconque de la ville et les excavations menées dans les lieux n'ont rien pu prouver. La partie de la muraille évoquée plus haut et qui date de l'âge du bronze a continué d'exister du temps de Daoud et est restée opérationnelle plus de deux siècles plus tard.

Suleïman (Salomon) prit le pouvoir après la mort de son père Daoud. Son règne marqua l'apogée de la puissance de la ville d'Al-Qods qui fut agrandie. Salomon fit achever la construction du Temple dont le terrain, situé sur le Mont Moriah et propriété du Jébuséen « Ernân », fut acheté par Daoud.

Quand Roboam succéda à son père Salomon, il entra en conflit avec son frère Jéroboam. Le royaume se scinda en deux : la partie des tribus du Nord avec comme chef-lieu Shalem. C'est alors que le Pharaon Shishak s'empara d'Al-Qods, l'assujettit et lui fit payer la taxe de capitation avant de regagner son pays. Les Philistins, puis les Arabes s'emparèrent de la ville par la suite.

L'histoire de ce Royaume démembré est très complexe. L'animosité persista entre les deux parties jusqu'à l'occupation de la région du Nord par les Assyriens en l'an 722 avant Jésus-Christ. La ville d'Al-Qods était de plus en plus menacée, son chef d'alors, Ezéchias, réussit à contenir l'ennemi assyrien. Un siècle plus tard, les attaques recommencèrent et se multiplièrent avec les Néo-Babyloniens (les Chaldéens) qui se substituèrent aux Assyriens et finirent par imposer leur domination à la Mésopotamie méridionale et à l'Aassyrie. Leur roi Nabuchodonosor renversera Joachin et prit Jérusalem en 587 avant Jésus-christ. Il pilla la ville, détruisit le Temple, déporta nobles et artisans dans divers régions. Une partie de la population s'en alla vivre dans la ville de Babylone.

Sous Nabonide et Balthazar, l'empire babylonien déclina et devient province perse après la conquête de Cyrus II, le rôle des Juifs déportés d'Al-Qods dans la chute de l'empire babylonien en l'an 538 avant Jésus-Christ avec la collusion des Achéménides, fut important Pour les récompenser, Cyrus II mit fin à leur captivité autorisant un grand nombre d'entre eux à retourner à Al-Qods. Ce geste permit aux Perses de réaliser trois objectifs. Ils se sont ainsi débarrassés des Juifs et ont de ce fait évité une quelconque trahison de leur part. Ensuit, ils ont fait d'eux leurs propres alliés. Enfin, ils ont put, grâce à une politique habile, gagner leur sympathie.

Cependant, les Perses n'ont réussi que partiellement à convaincre les Juifs de regagner Al-Qods, car la majorité de ces derniers est restée en Mésopotamie (l'actuel Irak). Ce sont leurs descendants qui, en 1948, ont été contraints d'émigrer vers Israël grâce à une action concertée entre les services de renseignements israéliens et d'autres instances.

La ville d'AL-Qods resta sous la domination des Perses jusqu'à sa conquête par Alexandre Le Grand (Roi de Macédoine). A la mort de celui-ci et suite à la dislocation de son Empire, la ville d'Al-Qods tomba entre les mains des Ptolémés d'Egypte, puis des Séleucides d'Antioche ( 198 avant Jésus-Christ).

Les habitants d'Al-Qods subirent l'influence de la civilisation grecque à l'époque hellénistique séleucide. Aux environs de l'année 165 avant Jésus-Christ, Antochios IV détruisit le Temple et s'empara de ses trésors. Il désigna à la tête d'Al-Qods des gouverneurs qui, parce que rebutés pat l'affairisme et le peu de scrupules des Juifs qui n'avaient pas respecté leurs engagements, imposèrent à ces derniers, de lourds impôts.

En l'an 63 avant Jésus-Christ, Al-Qods fut conquis par le Général romain Pompée. Celui-ci mit fin à l'anarchie qui y sévissait à la fin du règne des Séleucides. Les nouveaux maîtres accordèrent une certaine autonomie aux Juifs qui désignèrent comme leur chef Hérode 1er le Grand après sa conversion au judaîsme et sa désignation comme Roi des Juifs par les Romains. Hérode fut l'ami de Marc Antoine, d'Octave et d'Auguste.

En l'an 6 de l'ère chrétienne, la partie méridionale de la Palestine devint province romaine de seconde zone gouvernée par les procurateurs.

En l'an 70 de l'ère chrétien la ville d'Al-Qods fut détruite à cause des agissements des Juifs. Sous l'instigation de Titus la ville fut assiégée et démolie, mais l'empereur romain leur permit un peu tard de s'y établir. Les Juifs ne changèrent point leur comportement et continuèrent de défier la loi. En l'an 115 après Jérusalem. -C. ils se révoltèrent de nouveaux, mais ce n'est qu'en l'an 132 après J.-C. qu'ils réussirent à occupé la ville, à suite d'une révolte. C'est l'empereur Hadrien qui mit fin à cette nouvelle insurrection en l'an 135 après J.-C. en détruisant la ville d'Al-Qods. La paix fut rétablie et Hadrien put reconstruire la ville à l'image d'une colonie romaine, en suivant un plan de forme carrée que traversent deux avenues principales. Al-Qods prit alors le nom d'Aélia Capitolana.

En 1937, Hamilton a découvert une partie de la muraille de la ville, à proximité de la Porte de Damas. Bien avant lui, cependant, et plus précisément en 1878 et en 1889, Schmick avait put repérer l'emplacement de cette même muraille. Les fouilles entreprises par Hamilton ont démontré qu'Aélia Capitolana a été bâtie à l'intérieur d'une enceinte, mais à l'instar de la majorité des cités romaines, elle était accessible à tous les visiteurs. Des fresques trouvées dans la région indiquent que la ville fut gérée par les Antonins. C'est dire que ses murailles ne datent pas du troisième siècle avant J.-C., ce qui a été d'ailleurs attesté par des objets en céramique appartenant à cette époque.

Après la division de l'empire romain chrétien d'Orient et en empire païen d'Occident, Aélia faisait partie du premier empire qui sera connu par la suite sous le nom de « l'Empire byzantin ». La ville eut beaucoup à souffrir des scissions politiques et doctrinales qui sapèrent l'unité de l'Empire et l'affaiblirent. Les Perses sassanides exploitèrent cette situation et occupèrent Aélia en l'an 614 de l'ère chrétienne. Ils assassinèrent bon nombre d'habitants, démolirent églises et couvents et captivèrent le patriarche de la ville. On rapporte que toutes ces actions étaient formées par les Juifs qui ne portaient pas bien les Chrétien dans leurs coeurs.

Toutefois les Byzantins ne tardèrent pas à reprendre leurs forces et à recouvrer leur vigueur. Aélia leur fut restituée et une réconciliation eut lieu entre le belligérants. Héraclius 1er entra dans la ville en 629 après J.-C. et se vengea des Juifs pour leurs actes de traîtrise.

Avec lui, l'Empire se redressa provisoirement, mais ne put entièrement faire front aux Arabes qui, dix ans après, partis de la Péninsule Arabique, avaient pour mission de répondre une foi nouvelle parmi les hommes. Ils libérèrent la Syrie et la Palestine (636-639 de l'ère chrétien). C'est ainsi qu'Aélia (Al-Qods) fut libérée, mais les confessions autres que l'Islam furent tolérées et la dignité de leurs adeptes respectée. Depuis lors, Al-Qods, conquis par 'Umar Ibn Al-Khattâb, Calife des Musulmans, est devenu une ville islamique et arabe.

 

1-  HISTOIRE DE LA VILLE D'AL-QODS A L'EPOQUE ARABO-MUSULMANE

 C'est sous le règne du Calife orthodoxe 'Umar Ibn Al-Khattâb ( 15 H./638) que la ville d'Al-Qods fut conquise. Le Calife 'Umar - que Dieu soit satisfait de Lui - prit soin de ne pas profaner les Lieux Saints des Chrétiens et des Juifs et ne manifesta aucune intolérance vis-a-vis de leurs pratiques culturelles.

Ainsi avec la conquête arabo-musulmane, beaucoup d'Arabes se sont installées à Al-Qods qui devient une cité arabe et musulmane.

Lorsque le conflit qui opposa 'Ali Ibn Thâleb et Mu'âwiyya prit fin à l'avantage de ce dernier (40 H./ 660), à Al-Qods, après l'abdication d'Al Hassan Ibn 'Ali que Mû'âwiyya fut désigné Calife.

Les califes umayyades accordèrent une grande importance à la ville d'Al-Qods où plusieurs d'entre eux furent investis du pouvoir suprême. On peut citer en plus de Mu'âwiyya, le Calife Suleïmân Ibn 'Abd Al-Malik (96 H./714). Les Califes ont bâti leurs palais aux alentours de l'Esplanade (Al Harâm Al-Chârif) comme l'ont bien démontré des fouilles archéologiques récemment menées. Leur intérêt pour la ville de manifesta d'une manière éclatante dans la construction de la somptueuse Coupole du Rocher et de la Mosquée Al-Aqsâ considérées comme les chefs-d'oeuvre de l'architecture des Umayyades en Palestine. Certains Califes se sont laissés séduire par la Palestine à tel point qu'ils ont décidé de s'établir à Al-Qods. C'est ce qu'a fait ' Abd Al-Malik. D'autres ont failli transférer leur capitale Damas à Al-Qods et Ramlah. Ce fut le cas de Suleïman Ibn 'Abd Al-Malik.

Du règne des Umayyades, les 'Abbassides ont hérité -entre autres- la ville d'Al-Qods qu'ils ont cherché à embellir. Ils ont ainsi restauré la Mosquée Al-Aqsâ et la Coupole du Rocher après les dégâts que celles-ci ont dû subir. De grands Califes 'abbassides comme Al-Mâmûn, Al-Mansûr et Al-Mehdî se sont déplacés spécialement pour la visiter.

Durant l'époque 'abbasside, Musulmans et Chrétiens ont vécu à Al-Qods dans une parfaite symbiose. Le pèlerin chrétien « Bernard le Sage », décrivant la vie à Al-Qods, écrit ceci :

«Les Musulmans et les Chrétiens de cette paisible ville vivent dans une entente parfaite ».

Avec le déclin que connut la dynastie 'abbasside à la suite des luttes pour la succession, la ville d'Al-Qods et la Palestine furent administrées par les Tûlûnîdes, gouverneurs d'Egypte (265-292 H./878-905). leur succédèrent les Ikhshîdites (327-359 H./939-969) qui accordèrent une place si particulière à la ville d'Al-Qods que beaucoup de leurs chefs ont émis le voeu d'y être inhumés. Leurs voeux ont été exaucés. C'est ainsi que Mohammad Al Ikhsîdî, mort à Damas, a été inhumé à Al-Qods (334 H./945). De même celle-ci est le lieu de sépulture d'Abû Al Qâsim Mohammed (349 H./960) fils de Mohamad Abû Al Qâsim, surnommé « Anûjûr ». C'est sous le règne de ce dernier que « Khosrû », voyageur musulman d'origine perse, visita la ville qu'il décrivit dans son livre « Safarnâma » en ces termes :

«La population d'Al-Qods est de vingt mille âmes. Ses marchés sont propres et attrayants. Ses rues sont pavées de pierres. Dans la plaine connue sous le nom « d'As-Sâhira » se trouve une vaste nécropole où se dressent les tombeaux d'un grand nombre de bienfaiteurs... ».

Ont été également inhumés à Al-Qods abû Al Hassan Al Ikhshîdî qui mourut en l'an 965 de l'ère chrétienne et son successeur « Kâfûr » qui, après sa mort survenue en Egypte en l'an 966 après J.-C., fut transporté dans la ville où reposait la dépouille mortelle de son maître. C'est dire que l'importance d'Al-Qods pour les Ikshîdites était surtout d'ordre religieux et spirituel. Sous leur règne la Ville Sainte ne jouait pas un grand rôle sur le plan commercial ou économique ou militaire. L'agglomération de Ramlah était de loin la ville par excellence.

 

 

En 357 H./966 et grâce à Jawhar As-Shikallî, général de l'armée égyptienne sous le Califat d'Al-Mu'izz Li dîni Allah Al Fâtimî, les Fâtimides, profitant des schismes internes qui ébranlèrent les bases du régime ikhshidite à propos de la succession après la mort de Kâfûr, prirent le pouvoir et chassèrent les Ikhshîdites. Al-Qods tomba entre leurs mains en 359 H/.969. La O% Vivaient alors une beauté de ses sites, par ses oliviers, ses vignes, ses pompiers, ses caroubiers ainsi que son coton, ses marques de savon...Sur le plan politique, elle venait en seconde position après Ramlah.

Le règne des Fâtimides fut marqué au début par les bons traitements résérvés aux Chrétiens de la ville à tel point que Al-Azîz Ibn Al Mu'izz désigna comme gouverneur sur la Palestine un ministre copte du nom d'Abû Al-Yamân, Qazmân, Al Mansûr Ibn 'Abd Al-Azîz, surnommé « Al Hâkimu bi amri Allah » (386-411 H./996/1020) suivit, au début de son règne, l'exemple d'Ibn Al Mu'izz, mais il ne tarda pas à changer d'avis et à prendre position contre les Chrétiens. D'ailleurs Chrétiens et Musulmans ont tous souffert de sa mauvaise gestion des affaires. Il finit cependant par se raviser et autorisa les Chrétiens à construire des églises. On dit même qu'il est allé jusqu'à allouer des crédits de son propre argent en vue de bâtir des édifices religieux pour ses sujets chrétiens, signe de son respect pour leur culte.

La muraille d'Al-Qods fut construite sous le règne d'Az-Zâhir li I'zâzi Dîni Allah Al Hâkim. Le séisme qui eut lieu à l'époque faillit détruire la Mosquée Al-Aqsâ, mais Az-Zâhir la restaura et la restaura et l'agrandit.

En l'an 463 H./1070, les Saljûqides mirent fin au règne des Fâtimides sur Al-Qods où ils réinstaurèrent la légitimité abbasside. Désormais, la khotba (le prône) du vendredi se fera au nom du Calife abbasside, mais quelque vingt-six ans après, les Fâtimides avec à leur tête le Calife Al-Musta'lî récupérèrent Al-Qods où ils demeurèrent trois années durant. Les Francs, comme on le verra plus loin, s'en emparèrent ensuite.

Bon nombre d'institutions publiques furent édifiées à Al-Qods à l'époque saljûqide dont le « Bîmâristan », premier centre hospitalier construit dans la ville et « Dâr al 'ilm » (la Maison du savoir), annexe de « Dâar al hikma de la sagesse) d'Egypte.

Le géographe Al Maqdisî décrivant Al-Qods dans son livre intitulé : « Ahsanu attaqàsimi fî ma'rifati al aqâlîmi », écrit :

«Il n'y a pas de villes plus grandes qu'Al-Qods. De climat tempéré, elle ne connaît ni hiver rigoureux, ni chaleur torride et la neige n'y tombe que très rarement, ce qui lui donne un air de paradis...On n'a jamais vu d'habitants si fiers et si noble, de marchés plus propres et plus achalandés, de mosquée plus grande et de sites plus admirables comme à Al-Qods... ».

Al Maqdisî écrit plus loin :

«Elle est plus belle que l'Egypte...plus majesttueuse et plus noble...Lieu spirituel et temporel, Al-Qods a toutefois ses défauts. Ainsi par exemple, certains de ses murs dorés grouillent de scorpions. Ses bains sont sordides. Elle a peu d'érudits. Beaucoup de Chrétiens à l'air sévère et antipathique y vivent. Les produits vendus y sont exagérément taxés. A Al-Qods, le riche est jalousé, le savant délaissé, l'homme de lettres peu crédible et l'opprimé n'y a point d'alliés... ».

Nassir Khosrû qui visita Al-Qods en l'an 1047 après Jésus-Christ la présente comme suit :

«La ville est entourée d'une muraille fortifiée, construite en pierres et possédant des portes en fer. Elle est habitée par une vingtaine de milliers d'invididus dont un grand nombre exerce des petits métiers. Pour chaque métier, la ville dispose d'un marché spécial... ».

En l'an 1072 de l'ère chrétienne, le général saljûqide Alp Arslan s'empara d'Al-Qods. Après sa mort, son fils Mâlik Shâh lui succéda et se fit nommer « as Sultan Al'Adil » (Le Sultan probe), mais il se trouve que c'est durant son règne, et plus précisément en 1077, que les habitants d'Al-Qods se soulevèrent contre les gouverneurs saljûqides. L'un de ceux-ci, l'Emir Iraq Ibn Iksîk At-Turkumânî fonda à Al-Qods une dynastie qui porta son nom. Quands il mourut en 1091 de l'ère chrétienne, ses deux fils gouvernèrent ensemble la Palestine et Al-Qods jusqu'en 1096, date où les Fâtimides, revenant à la charge, leur ôtèrent le pouvoir.

Face aux conflits qui opposaient âprement Fâtimides et Seljûqides, les Francs se montraient menaçants. Ils finirent par triompher de leurs ennemis et réalisèrent enfin le rêve qui leur était cher : la prise d'Al-Qods. Celle-ci, d'après leurs dires, leur assurait la voie au pèlerinage chrétien des Lieux Saints.

«Les Byzantins ont assiégé la ville le 7 juin 1099 et ce n'est que durant la nuit du 13 au 14 juillet de la même année qu'ils ont réussi à s'y introduire. Ce long siège et les difficultés monstres qu'ils ont endurées pour occuper AL-Qods les rendirent furieux. Ils attaquèrent maisons et mosquées et tuèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent sur leur chemin : hommes, femmes et enfants, sans aucune distinction, ni aucune pitié... ».

Cette boucherie dura toute la journée du jeudi 14 juillet 1099 et toute la nuit du vendredi qui suivit. L'étendard que les Croisés ont hissé au sommet du minaret l'hécatombe. Selon des sources arméniennes, soixante-cinq mille Musulmans ont péri lors de cette attaque barbare. Les sources ont péri lors de cette attaque barbare. Les sources latines, quant à celles, parlent de rues et de places publiques jonchées de cadavres, de têtes coupées, de membres postérieurs et antérieurs séparés de leurs corps et éparpillés partout.

Le grand historien arabe Ibn Al Athîr (1160 H./1234) écrit dans son ouvrage : « Al Kàmil fî attârîk » (Le parfait dans l'histoire) à propos du siège d'Al-Qods et de l'effusion de sang que les Chrétiens provoquèrent au sein de la population musulmane :

«Quand les Chrétiens arrivèrent à Al-Qods, ils l'assiègèrent pendant plus de quarante jours... Ils bâtirent deux tours...Les batailles firent rage par la suite et, pendant une semaine, les Chrétiens massacrèrent les Musulmans... ».

Ainsi périrent d'éminents érudits musulmans et de grands ascètes parmi ceux qui ont délaissé et méprisé les plaisirs de la vie pour se consacrer à Dieu dans cette ville islamique sacrée.

Gustave Le Bon compare le comportement inhumain des Chrétiens lors de leur occupation d'Al-Qods et celui du Calife 'Umar Ibn Al-Khattâb - ô combien tolérant - vis-à-vis des habitants de la ville, de leur foi et de leurs lieux de culte.

Le 17 juillet 1099, alors que l'accalmie était revenue à Al-Qods, les Croisés se réunissaient pour discuter de l'avenir de la Ville Sainte. Un royaume chrétien fut alors créé avec comme chef Gaudefroy de Bouillon qui prit le titre d' « avoué du Saint- Sépulcre ». Gaudefroy resta à la tête de ce royaume jusqu'à sa mort survenue à Jaffa en 1100 à la suite d'une fièvre typhoide. C'est son frère, Baudoin 1er qui lui succéda. Il se fit nommer Roi et fut ainsi le premier monarque chrétien du Royaume d'Al-Qods qui dura entre 1100 et 1187 après J.-C. Il put étendre son influence jusqu'à la minuscule île de Pharaon, ce qui lui a permis de contrôler toutes les voies commerciales qui relient Damas au hedjaz et à l'Egypte. A sa mort, survenue en 1118, le Royaume d'Al-Qods était à son apogée et s'étendait d'Al-Aqaba à Beyrouth. Al'Est, il était limité par la vallée du Jourdain.

Entre 1118 et 1131 après J.-C., Baudouin II du Bourg prit le pouvoir. Il fut comte d'Edesse (1100-1118) comme son prédécesseur. Cousin de Baudouin 1er, il vainquit plusieurs fois les Musulmans devant Antioche, mais fut emprisoné jusqu'à la fin de l'année 1124, date à la quelle il regagna la capitale de son royaume à son gendre Foulques d'Anjou (1131.1143 après J.-C.). Ce dernier fit construire des forteresses pour défendre son royaume et étendre son influence sur les routes commerciales.

A sa mort lors d'une partie de chasse en 1143, son fils Baudouin III lui succéda (1143-1162). L'événement le plus important qui se produisit lors de son règne est la chute d'Edess prise par l'atabeg de Mossol, Zangi. Edess devint ainsi principauté musulmane en 1144 après J.-C., ce qui causa la deuxième croisade.

En 1162, Baudouin III meurt à Béyrouth. Il eut pour successeur à Al-Qods son frère Amaury 1er 51163-1174 après J.-C.). Viennent ensuite les derniers Rois de la Ville Saint: Baudouin IV (1174-1185), Baudouin V (1185-1186) et enfin Guy de Lusingnan (1186-1187) qui fut emprisonné en 1187 et dont l'incapacité politique fut cause de la chute de Tibériade devant Salàh Al-Ayyûbî (Saladin) en 1187 après J.-C. et la prise d'Al-Qods par ce dernier. En 1188, Lusgnan, dernier roi chrétien à Al-Qods, fut libéré. Libéré fut également la ville d'Al-Qods, après une présences étrangère qui a duré quatre-vingts ans environ. A son entrée à Al-Qods, Salâh Al-Ayyûbî autorisa les Frans à quitter la ville moyennant un impôt symbolique payé par chaque individu qui disposait de moyens financiers honorables. Les pauvres et les déshérités en furent évidemment épargnés. Salâh Al-Dîn Al-Ayyûbî traita ses prisonniers francs avec un honneur tel qu'il fut considéré dans le monde chrétien comme un modèle des valeurs chevalesques islamiques.

Durant leur règne, les Francs tentètrent de modifier l'aspect des monuments de la ville d'AL-Qods. C'est ainsi qu'ils substituèrent la croix au croissant à la crête de la Coupole du Rocher. Ils transformèrent la Mosquée Al-Aqsâ en ordre des Chevaliers de la Milice Du temple(66) et désignèrent un patriarche chrétien à la place du patriarche orthodoxe. Ils bâtirent plusieurs édifices religieux et des hospices pour l'aceuil des pèlerins.

Quand le Sultan Taqy Al Dîn 'Umar Ibn Shâhinshâh pénétra dans le hall de la Mosquée de 'Umar, il prit soin de balayer lui-même le parterre. Il le lava avec de l'eau, puis le rinça d'eau de rose et nettoya les murs et la boiserie.

A propos d'Al-Qods libéré par Saladin et de rapports qu'entretinrent les Musulmans avec les Chrétiens, Ransimann, historiographe des Croisades écrit :

«Alors que les Francs ont été depuis quatre-vingt-huit ans de pires truands, les Musulmans, quand à eux , se sont rendus célèbres par leur droiture et leur bonté. Point de pillage sous leur règne, point d'oppression, car sur les ordres de Saladin, les agents de sécurité patrouillaient dans les rues, veillaient au maintien de l'ordre et empêchaient tout acte d'agression contre les Chrétiens ».

Plan dAl-Qods sous le règne des Croisés (1170 après J.-C.)

La ville d'Al-Qods connut du temps de Saladin une grande prospérité. Ecoles, instituts, centres hospitaliers, hospices, centres de loisirs furent construits en grand nombre. Le commerce y était très furieux. Les produits exportés étaient abondants, comme le fromage, le coton, les raisins secs, les olives, les pommes, les produits laitiers, les miroirs, les lampes à huile....

Parmi les édifices bâtis à Al-Qods par Salah Al-Dîn Al-Ayyûbî citons le Mauristan (centre hospitalier), le caravansérail As-Salâhiyya, le Dôme de Youssef, la médersa As-Salâhiyya, la médersa Al-Khachaniyya, la médersa Al-Maimûniyya et bien d'aures bâtiments. La ville d'Al-Qods est restée la ville préférée de Salah Al-Dîn Al-Ayyûbî jusqu'à sa mort survenue en l'an 589 H./1193 à Damas où il fut inhumé. Le Sultanat fut allors partagé entre ses trois fils et son frère : la dynastie se divisa en quatre royaumes dont le principal, celui d'Egypte (1171-1250 après J.-C.) fut destitué par les Mamelûks bahrides. Al-Qods fut le lot de son fils Al Afzal qui y construisit la médersa Al-Afzaliyya et la Mosquée Al Umarî, mais Al Afzal finit par concéder la ville à son frère AL-Malik AL'Aziz, Sultan d'Egypte.

Parmi les Sultans ayyûbides qui adorèrent la ville d'Al-Qods, il y a lieu de citer Al-Malik Al-Mu'azzam Charaf Al-Dîn Issâ. Suivant l'exemple d'Al-Malik Al 'Adil, le sultan Al'Mu'azzam multipliait ses visites à Al-Qods où il fit édifier plusieurs monuments comme la médersa Al'Mu'azzamiyya dont les ruines existent de nos jours entre la Porte Hitta et la porte Al 'Utm, la médersa ALBadriyya, Sabîl Cha'lân (La piscine de Siloe)... Mais l'appréhension maladive d'Al-Mu'azzam de voir accueilli par la population. Peiné et le coeur meurtri, le malheureux Sultan rendit l'âme en 1226 de l'ère chrétienne.

En 1228, le sultan Al-Malik Al-Kâmil, frère d'Al-Malik Al-Mu'azzam, parvint à évacuer Damiette occupée par les Francs, mais il céda Al-Qods à Frédéric II afin d'obtenir l'alliance des Latins contre les menées subversives de ceux qui voulaient détruire les Lieux Saintes de l'Islam à Al-Qods. Toutefois, les successeurs s'Al-Kâmil parvinrent à libérer la Ville Sainte qui resta leur tuterelle jusqu'à la signature d'un accord entre princes mamelûks et ayyûbides en l'an 651 H./1253, lequel accord faisait des territoiress situés à l'Ouest du fleuve Jourdain des provinces mamelûks et ceux situés à l'Est des provinces ayyûbides. En 1253, Al-Qods devint donc terre mamelûk.

Vu son caractère de Ville Sainte et spirituelle, Al-Qods fut l'objet de beaucoup de considérations et d'égards de la part des sultans mamelûks. Il était évidemment tout à fait naturel qu'ils déploient tous les efforts nécessaires pour se rapprocher de la population, des savants et des jurisconsultes. Anoter aussi ici que les nombreux conflits qui opposèrent Chrétiens et Musulmans et la récupération de la ville d'Al-Qods par Salah Al-Dîn Al-Ayyûbi conférèrent à celle-ci une importance toute particulière.

Le sultan Az-Zâhir Rukh Al-Dîn As-Salihî (Baybars 1er) fut parmi les souverains mamelûk celui qui s'occupa le plus de la ville d'Al-Qods. Il la visita à deux reprises, d'abord en 1262, ensuite en 1265. D'autres sultans lui emboîtèrent le pas tels que Sayf Al-Dîn Qala'ûn et Al-Achraf Kay Qubad. Les institutions culturelles qu'ils édifèrent à Al-Qods existent encore de nos jours et leur architecture est d'une rare et somptueuse beauté artistique.

Les Mamelûks ont construit dans la Ville Sainte plus de cinquante médersas, sept hospices et des dizaines de zaouias. En l'an 777 de l'Hégire, ils firent de la ville une principauté autonome (voir chapitre sur « la situation administrative d'Al-Qods ») dépendant du Sultanat d'Egypte après avoir été sous la suzeraineté de Damas.

Al-Qods devint donc, au cours du règne mamelûk, un centre scientifique et culturel remarquable et unique dans l'Empire musulman qui draina savants, étudiants et docteurs de la loi de tous les coins de la planète. En témognent les nombreuses médersas construites à cette époque ainsi que la précieuse documentation découverte dans la Mosquée Al-Aqsâ et datant de la dynastie des Mamelûks. Ces documents dresssent une liste des médersas de l'époque et des fondations pieuses dont les revenues servaient au financement des dépenses du corps professoral et estudiantin. Il faut souligner ici que les fondations pieuses jouèrent un rôle prépondérant dans l'enseignement du temps des Mamelûks et que chaque fois

 

Extension d'Am-Qods au Nord : les quartiers musulmans d'Al Mas'ûdî, de Wâdi Al Jawz, du Cheîkh Jarrâh...

qu'elles venaient à manquer d'argent, les médersas fermaient leurs portes et les enseignants cessaient leurs activités.

Bien que la ville d'Al-Qods ait connu, sous les Ayyûbides et les Mamelûks une prospérité certaine, les périodes de trouble ne manquaient pas. Quand alors les agitations avaient lieu, la sécurité faisait cruellement défaut et il arrivait parfois que la ville fût victime de pillage et d'actes de vandalisme. En voici quelques exemples parmi les plus connus :

1- Après l'assassinat du sultan 'Izz Al-Dîn Aybak par so épouse Shajar Al-Durr (Branche des Perles), son fils lui succéda, mais vu sa minorité, c'est le prince Sayf Al-Dîn Qotr qui exerça la régence. Cette intrigue de palais n'était pas pour plaire aux Mamelûks d'Al-Qodsqui s'insurgèrent contre le sultant d'Egypte et désignèrent comme leur chef le sultan ayyûbide Al Mughît d'Al Kûrk au nom duquel allait se faire le prône du vendredi. Les Mamelûks du Caire qui ne l'entendaient pas de cette oreille ne tardèrent pas à sauver Al-Qods des mains des conspirateurs et la ville redevint, après quelques mois d'insubordination, province mamelûk.

2- La ville a également subi les raids mongols qui n'ont d'ailleurs épargné ausune agglomération syrienne. On peut citer, à titre d'exemple, l'invasion de Ghazân Ibn Arghûn qui occupa Damas, Gza, Al-Qods et devint, selon l'historien Ibn Al Wardî, très riche grâce au butin remporté dans les guerres. IL y eut surtout les menaces d'invasion du tristement célèbreTimûr Lâng (Tamerlan) qui occupa Damas. La cruauté de Tamerlan était telle que les savants et dignitaires d'Al-Qods désignèrent un de leurs notables Cheikh Mohammad Foulâd Ibn Abdellah, et le chargèrent de remettre les clès des Lieux Saints à Tamerlan afin de l'amener à avoir un comportement plus humain avec les habitants d'Al-Qods. Mais les desseins et les convoitises de Tamerlan étaient ailleurs et la Ville Sainte n'eut pas à souffrir de son occupation.

3- Un autre exemple est illustré par les attaques des Bédouins des environs d'Al-Qods qui se faisaient nombreuses surtout pendant les périodes de séchresse. Al Maqrîzî nous apprend qu'en l'an 748 H./1346 les prix des produits alimentaires ont connu des hausses vertigineuses telles que les Bédouins n'ont pas hésité à attaquer la ville et à piller de fond en comble. De son côté, Al Hanbalî décrit ces attaques en ces termes : « Les Bédouins pénétrèrent dans la ville, pillèrent quasiment tout et saccagèrent bien des sites... Ce fut un grand scandale jamais vu en ces temps... ».

4- En l'an 885 H./1480, le representant du Sultan à Al-Qods. Nassir Al-Dîn Ibn Ayyûb, animé par l'envie de mettre un terme aux agressions bédouines, exécuta des individus de la tribu de Béni Zeid, mais la réaction des Bédouins fut féroce. Ils saccagèrent de nouveaux la ville, pillèrent les boutiques et brisèrent les portes des prisons. Le gouverneur de la ville prit la fuite. L'anarchie régna partout. Ce fut un imbroglio infernal.

Parmi les troubles internes survenus du temps des Mamelûks, surtout sous le règne de Qaytibay le conflit qui opposa l'inspecteur des Lieux Saints au représentant dans la ville.

5- A mentionner également les discordes entre Musulmans et Juifs à propos d'une résidence située dans le quartier juif entre la synagogue et la mosquée. L'affaire a été soumise devant la justice qui ne tarda pas à livrer son verdict en faveur des Juifs. Les Musulmans, mécontents, se sont plains au Sultan qui régnait depuis le Caire. Dans un premier temps, le Sultan invalida le jugement des dignitaires d'Al-Qods, mais il ne tarda pas à se ressaisir, se ranger du côté des Juifset jugea juste leur cause. Des rumeurs ont alors circulé voulant que, sans leurs nombreux pots de vin, les Juifs n'auraient jamais pu avoir gain de cause dans cette affaire? Sur ces entrefaites, les Musulmans se révoltèrent et détruisirent la synagogue. Furieux, le Sultan demanda à voir les notabilités de la ville. On les lui présenta enchaînés. Ils seront flagellés, jetés en prison et n'auront la clef des champs qu'une fois l'accalmie retour.

A la veille de la chute de leur dynastie, les Mamelûks entretenaient des relations très tendues avec leurs voisins les Ottomans pour différentes raisons dont notament les litiges frontaliers et le soutien apporté par les Mamelûks au frère du Sultan ottoman Sélim 1er qui aspirait au trône. Sélim 1er s'attacha à conquérir les pays d'Islam (la Syrie, la Palestine et l'Egypte) et mit ainsi fin à l'existence de la dynastie mamelûk.

La majorité des historiens affirment que le Sultan Sélim 1er occupa en 1517 de l'ère chrétienne après la bataille de la plaine de Dâbiq qui lui ouvrit la porte pour la conquête de la Syrie et de l'Egypte. On rapporte que lorsqu'il entra à Al-Qods, le premier acte qu'il accomplit fut la visite des Lieux Saints et le recueillement devant las tombeaux des Prophètes. Sélim 1er fut chaleureusement accueilli par les habitants de la ville qui lui organisèrent un grand festin dans l'enceinte de la Mosquée Al-Aqsâ, mais c'est de propos délibéré qu'ils lui offrirent le repas dans des assiettes que seuls, d'habitude, les démunis de la société présentent à leur hôtes. C'est que, par ce geste, ils voulaient prouver au Sultan qu'ils ont beucoup souffert des actes de vandalisme des Bédouins et qu'ils ont fortement besoin de son préceux soutien. Le Sultan leur promit de restaurer et d'agrandir la muraille protectrice de la ville pour les prémunir contre d'éventuelles attaques. Cette promesse faite ne fut pas tenue sur-le-champ, du fait du retour précipité du Sultan à la capitale de son royaume. Ce n'est que plus tard que so fils Suleimân Al Kanûni (Le L égislateur) se chargea de mettre à exécution la promesse de son père.

Les travaux de restauration de la muraille durèrent de 1536 à 1540 J.-C. la citadelle fut refaite. Mosquées, écoles, couvents et fontaines se multiplièrent. La Coupole du Rocher fut rénovée et son carrelage refait. Les murs et les portes de l'Esplanade de la Mosquée Al-Aqsâ furent restaurés. La faience de la qubbat d'As-Silsila(90) (Coupole de la Chaîne) fut renouvelée.

Avec le Sultan Suleiman, la ville d'Al-Qods a été entourée de beaucoup de soins qu'elle ne connaîtra point sous le règne de ses successeurs Sélim II, Mourâd III? Mohammed III, Ahmed I, Mustapha I et Osman II. D'ailleurs, la ville rattachée à l'Egypte ne fera pas parler d'elle durant toute la période allant de 1566 à 1622 après J.-C.

Avec l'accession du Sultan Mourâd IV au pouvoir au pouvoir en l'an 1622, Al-Qods occupa de nouveau le devant de la scène. Mourâd IV prohiba le tabac et la consommation. Il fit construire la citadelle qui porte son nom « Citadelle de Mourâd » où une mosquée a été aménagée ainsi qu'une cinquantaine d'appartements por ses soldats.

Succédèrent au Sultan Mourâd IV, Ibrahîm Ibn Ahmed 1er (1639), son fils Mohammed IV 51648) qui fit construire le minaret de la Citadelle (1655) et la mosquée attenante à la Fontaine Cha'lân (1651). La meilleure description d'Al-Qods, à cette époque, a été faite par le célèbre voyageur turc « Evliyâ Tchélébî » qui la visita en 1670. Tchélébî fut impressionné par la beauté et la qualité de la vie dans la ville. Il a en particulier apprécié le pain, les fruits et les légumes. Il a mentionné qu'Al-Qods était célèbre par ses parfums, ses encens, son pois de senteur et ses encensoirs en cuivre, qu'on y dénombrait deux mille quarante-cinq boutiques, qu'elle disposait d'un contrôleur des prix, que ses marchés ne se comptaient pas et que dans les champs qui l'entouraient, on pouvait facilement dénombrer quelque quarante trois mille ceps de vigne au milieu desquels s'élevaient quelque mille cinq cents ponts. La population de la ville, selon Tchélébî était de quarante six mille habitants dont la majorité était des Arabes Musulmans. Il y avait également dans la ville une église arménienne, trois églises romaines, deux synagogues, deux cent quarante mihrâbs (niches de prière), sept médersas pour l'enseignement des sciences religieuses, dix écoles coraniques, quarante écoles pour les garçons, six bains publics (bains maures), dix-huit fontaines et des tekkiyye (couvents de derviches) appartenant à soixante-dix confréries dont celles d'Al-Kaylâniyya, Al-Badawiyya, As-Sadiyya, Ar-Rifâi'iyya et Al'Mawlawiyya.

Nobostant cette prospérité dont parle Tchélébî, la sécurité faisait défaut en dehors des remparts de la ville qui, à l'époque, dépendait de Tripoli (Syrie).

 

En 1824, la ville a vécu de graves émeutes suite aux lourds impôts imposés par Mustapha Pâcha, gouverneur de la Syrie. Les révoltes n'ayant pu être réprimées par les responsables locaux, Mustapha Pâcha, à la tête d'une armée de cinq mille janissaires, décida de se rendre sur place pour s'enquérir en personne de la situation. A son arrivée à Al-Qods et à sa grande surprise, la population ne vint pas l'accueillir. Elle refusa même de payer ce qu'ell devait au Sultanat comme impôt. Furieux, Mustapha Pâcha intim l'ordre aux janissaires de confisquer l'argent de ses sujets, de dévaster leurs champs et de détruire leurs biens et leurs cultures. Après le départ de Mûstapha Pâcha, les révoltes reprirent de plus belle. Les insurgés occupèrent la citadelle, s'emparèrent des armes, emprisonèrent les janissaires et désignèrent deux des leurs comme administrateurs de la ville. Il s'agit de Yûssof 'Arab Al Jadjâb et Ahmed Agha Ad-Duzwâr.

Quand le Sultan ottoman fut mis au courant de cette nouvelle sédition, il exigea qu'elle soit juglée dans l'immédiat. Pour ce faire, il intima l'ordre à Abdellah Pâcha (1826 après J.-C.), gouverneur de Saidâ (Sidon) de marcher sur la ville et d'y faire régner la paix. Abdellah Pâcha parvint en 1827 à rétablir l'ordre, après de violents combats avec les rebelles qui réussirent cependant à imposer leurs conditions, à savoir la suppression des impôts et l'amnistie générale.

En 1831 après J.-C., l'Egyptien Ibrahîm Pâcha conquit Al-Qods et toute la Palestine. La Ville Sainte, selon l'accord de Kotahia (1831) fut mise sous tutelle du Caire. En 1834, cependant, Al-Qods s'insurgea de nouveau contre Ibrahîm Pâcha suite à la décision qu'il a prise de désarmer la population et d'instaurer le service militaire obligatoire. L'anarchie gagna les esprits. Les insurgés prirent d'assaut la ville, mais la bataille de Fahmâs fut décisive. L'armée égyptienne triompha et Ibrahîm fit son entrée

victorieuse à Al-Qods où seuls les Juifs et les Chrétiens étaient à son accueil. La soumission des Musulmans d'Al-Qods était provisoire et était simplement due à la politique répressive aveugle menée par Ibrahîm Pâcha. Les émeutes éclatèrent toutes les régions palestiniennes. Elles ne cessèrent qu'avec le retrait des soldats égyptiens en 1841, c'est-à-dire après une présence militaire d'une dizaine d'années.

Tous ces troubles qui ont secoué Al-Qods durant cette période ne l'ont pas empêché de se développer. Ainsi, par exemple, beaucoup d'édifices publics ont été bâtis dont le moulin à vent à l'Ouest d'Al-Qods, considéré comme étant le premier moulin qui a servi à moufre le blé des habitants de la ville. Furent construites également la Zaouia Al Ibrahimiyya, au Nord de l'emplacement du tombeau du Prophète Daoud (David), que le Salut de Dieu soit avec Lui, situé sur la Colline sion, la citadelle de Wâdî Al Jawz et plusieurs autres citadelles destinées à contrôler la route reliant Jaffa et Al-Qods.

En outre, le népotisme et le favoritisme régressèrent. On s'intéressa au développement du réseau routier. Les commerçants étrangers furent autorisés à s'adonner librement et sans aucune contrainte à leur métier. Le tribut payé d'habitude aux prêtre, gardiens des églises, fut aboli au même titre que le quint (khoms) prélevé sur les produits des récoltes. Les grains furent distribués aux cultuvateurs qui ont été invités à planter des abres fruitiers à veiller aux rendements de leursvergers. Des cultures nouvelles ont été introduites et un grand nombre de nomades ont été contraints à la sédentarisa-tion.

Quand Al-Qods fut de nouveau sous administration ottomane, sa population au nombre de vingt mille habitants dont mille Chrétiens renouèrent avec la paix et la sérénité. Le Sultan ottoman accorda beaucoup d'intérêt à Al-Haram Al-Qodsi et décida en 1860 d'allouer, à sa restauration, des crédits de l'ordre de vingt mille lires turques. Il semble qua la raison à cela est due à la gerre de Crimée (1855) qui éclata à propos des Lieux Saints. La victoire fut, comme o,n le sait, du côté de la Turquie grâce au soutien des Français et des Britaniiques qui ont cherché à tirer profit de ce succès militaire.

Al-Qods fut heureux de cette victoire. Ses rues et ses souks furent pavés (1863). C'est de cette époque que date le port du fez.

 

En 1882 fut promulgué le décret ottoman prohibant l'émigration des Juifs vers la Palestine et l'achat des terres dans ce pays. Toutefois, ce décret sera amendé et les Juifs furent autorisés à émigrer en Palestine pour accomplir leurs devoirs religieux.

En 1892 on construisit l'hôpital municipal sis à proximité du Cheikh Badr. En 1891 et 1892, on entreprit la pose de la voie ferrée entre Jaffa et Al-Qods.

En 1908, suite à la révolution des Jeunes Turcs animant les comités « Union et Progrès », la construction fut rétablie après avoir été ajournée par 'Abd Al-Hamîd II en 1878. Al-Qods fut représenté au Parlement par trois députés : Said Bak Al Hosseini, Rûhi Bak Al Khâlidî de la ville d'Al-Qods et Hâfez Bak As-Sa'îd.

Quand les Jeunes Turcs abandonnèrent leur programme libéral et prônèrent un panturquisme ultra-nationaliste, les Arabes furent choqués par cette politique. Les rapports entre Turcs et Arabes s'envenimèrent surtout à la uite des assassinats commis par le général sanguinaire Djamâl Pâcha qui exécuta quatre Palestiniens : 'Al An Nachâchibî de la ville d'Al-Qods, Ahmed 'Aref Al Hosseini et son fils de Gaza et Selim 'Abd Al-Hadî de Naplouse.

Les Turcs ottomans perdirent la guerre. Al'Qods tomba entre les mains des Britanniques le 9 décembre 1917  après avoir été sous administration turque pendant quatre siècles.

La Loi martiale fut proclamée à Al-Qods du temps du Général Bill Borton qui, deux semaines après avoir été désigné comme gouverneur militaire de la ville, dut démissionner pour raisons de santé. Alexander Baird lui succéda. Toute la Palestine était administrée par un haut fonctionnaire militaire assisté par un gouverneur admistratif.

L'établissement de mandat britanique sur la Palestine déçut grandement les Arabes et les Musulmans, notamment le Palestiniens, à cause de la déclaration Bafour qui affirmait que le gouvernement britannique envisageait favorablement la création en Palestine d'un Foyer National pour le peuple juif, grâce à l'appui de l'Organisation Sioniste Mondiale.

C'est ainsi qu'Arabes et Musulmans perdirent la Palestine à cause de la trahison et de la défection des Britanniques.

La puissance mandataire appliqua en Palestine une politique dont l'objectif majeur fut faciliter l'implantation du Foyer National Juif. Elle encouragea l'émigration des Juifs vers le territoire palestinien et leur permit l'achat et l'appropriation des terres. L'Organisation Sioniste Mondiale fut autorisée à ouvrir des Bureaux en Palestine et à y exercer des activités agricoles, culturelles et éducatives en prélude à l'établissement du futur Etat. Les Britanniques autorisèrent également les Juifs à s'entraîner militairement en prétextant que ces derniers étaient minoritaire et qu'ils étaient en droit -le cas échéant- de se défendre contre toute éventuelle attaque.

Durant le mandat britanique, le mauvement nationaliste palestinien manifesta une vive réaction contre la politique d'émigration et d'implantation des Juifs en Palestine et s'opposa énergiquement contre l'applixation de la Déclaration Balfour. La ville d'Al-Qods connaîtra, durant cette période des manifestations sanglantes où les Palestiniens exprimèrent leur refus du mandat britannique, déclarèrent leur opposition à la Déclaration Balfour et leur hostilité vis-à-vis de l'Organisation Sioniste Mondiale et éxigèrent l'indépendence de la Palestine dans le cadre de l'unité de la Syrie-Palestine.

Les actions du mouvement nationaliste palestinien se manifetèrent notament par les révolutions de 1920, de 1925 et de 1929. Il y eut également la célèbre grève (entamée le 25 avril 1936) qui dura six mois et qui ne prit fin qu'avec l'intervention des Chefs des Etats arabes. D'une façon générale on peut reprendre ce qui dit Feu 'Aref Al'Aref, évoqunt la situation de la Palestine à cette époque. Il écrit :

«Durant l'occupation britannique, le peuple palestineien ne cessa pas d'exiger le régime parlementaire, l'abolition du mandat britannique et la lutte contre l'établissement du Foyer National Juif. Hélàs ! tous les efforts déployés dans ce sens furent voués à l'échec, car le gouvernement britannique était complice des Juifs et soutenait fermement leur action dans la réalisation de leur projet consistant à judaïser la Palestine ».
 
 
2- LA MOSQUEE :
 
LE DOME DU ROCHER :
 
Le premier chef-d'oeuvre musulman, le Dôme du Rocher , fut construit sur ordre du calife omeyyade Abd El Malik, en 687, un demi-siècle après la mort du Prophète. Une « lecture » attentive du monument, pour en saisir la signification interne, spirituelle, révèle qu'il porte en germe le thème majeur de ce que l'on appelle l'»art islamique », qui est, fondamentalement, l'expression de la foi coranique.

 Cet art n'est déchiffrable qu'à partir des exigences de cette foi.

Le Dôme du Rocher en offre le premier exemple éclatant : le site même où il fut implanté, la structure de l'édifice, ses dimensions et ses proportions, les formes qui l'habitent, les couleurs qui l'animent, sa silhouette extérieure comme la symphonie de son espace intérieur, tout découle de la foi qui en a inspiré la construction.

Il serait aisé, mais vain, de partir de l'extérieur : de rechercher les sources byzantines et syriennes, persanes, ou helléniques et romaines, de tel élément ou de telle technique architecturale, de tel motif de décoration, de telle harmonie mathématique de l'agencement.

Tout cela serait vrai. Historiens, archéologues, critiques d'art, architectes, ont souvent, fort bien et fort utilement, fait ce travail d'analyse, confirmant que les bâtisseurs, les artisans, les mosaïstes, qui ont participé à la création de l'édifice, étaient venus de toutes les régions de cet « Empire arabe », nouveau, et y avaient apporté leurs techniques et même leur style de travail.

Mais s'arrêter à cette analyse sans se situer à l'intérieur de l'impulsion centrale à partir de la quelle s'opérera la synthèse nouvelle, serait omettre l'essentiel : le principe organisateur du tout, transfigurant les emprunts pour exprimer une foi unique dans la diversité des cultures qu'elle faisait renaître et dont elle utilisait le langage.
D'abord, le choix du site et l'importance des moyens mis en oeuvre (le calife décida de consacrer à cette construction la totalité du tribut prélevé en Egypte pendant sept ans).

 Il serait dérisoire de s'arrêter à l'anecdote, ou même à l'explication historique conjoncturelle : le désir du calife de « défier le monde » en bâtissant un monument islamique plus beau que celui des religions rivales, sa tentative de détourner le flot des pèlerins de La Mecque où un rebelle, Abdullah Ibn Al Zubayr, s'était emparé du pouvoir.

 Sans aucun doute, de telles considérations et de tels calculs n'étaient pas absents dans la décision d'Abd El Malik, mais la création, dès le premier essai, d'une forme nouvelle de la beauté, qui orientera pendant mille ans l'architecture et l'art des musulmans, et des oeuvres artistiques de trois continents, ne serait être « expliquée » à partir des vanités dérisoires, des ambitions, ou des ruses, d'un souverain éphémère.

Le prophète Mohammed n'a jamais prétendu créer une religion nouvelle, mais il a voulu rappeler tous les hommes à la religion primordiale, contemporaine de l'éveil du premier homme, et dont le sacrifice d'Abraham, par sa réponse inconditionnelle à l'appel de Dieu, a donné le modèle exemplaire.

Ce n'est donc point par hasard de l'histoire ou les caprices d'un despote que le point de départ de l'art musulman coïncide avec le point de départ de la vie spirituelle de la tradition abrahamique, celle des juifs, des chrétiens, des musulmans, à Jérusalem, où la tradition judéo-chrétiennes situe le lieu du sacrifice d'Abraham, la levée et le martyre de Jésus, et, selon le Coran, le roc à partir duquel le Prophète s'éleva de la terre au ciel pour en contempler, six siècles avant la Divine Comédie de Dante, l'ordonnance divine.

En ce lieu, Salomon fit construire le Temple que fit détruire Nabuchodonosor, que rebâtit Hérode, et que rasèrent les Romains. Sur la plate-forme désertée et jonchée de ruines, le calife Omar Ibn Khattab, lorsqu'il entra dans Jérusalem, en 637, fit construire une austère mosquée de bois. C'est là que l'Omeyyade Abd el Malik fit ériger le Dôme, tout proche du Dôme de l'église chrétiennes du Saint-Sépulcre, et semblable à lui par bien des aspects.

Le Dôme du Rocher était ainsi le symbole de l'unité et de la continuité de la foi abrahamique, juive, chrétienne, musulmane.

Déjà, la silhouette extérieur du monument exprime le message essentiel de cette foi : dans le passage du carré redoublé - qui constitue l'octogone de base - à la coupole sphérique se traduit le passage de la terre au ciel, comme dans les plus anciennes cosmogonies du Moyen-Orient, et, notamment, de la Mésopotamie.

La coupole, dont le diamètre et la hauteur sont sensiblement les mêmes ( un peu moins de 25 mètres), a une envolée plus sensible que celle des églises byzantines, car, étant en bois, son poids n'exige pas, comme les voûtes de pierre, les contrebutées ou les coupoles annexes, qui alourdissent les silhouettes extérieures de Sainte-Sophie ou des monuments inspirés par elle.

A l'origine, avant les successives restaurations, la courbe en était légèrement outrepassée, ce quidevait accentuer le mouvement ascensionnel, évoquant le « voyage nocturne » (le Mircaj) du Prophète dans les sphères célestes.

Ce dôme repose sur un tambour, puis sur l'octogone de base, figurant la terre, comme un cristal parfait. Le revêtement premier était constitué par des mosaïques de verre, magnifiant la beauté de la terre créer par Dieu, mais l'actuelle faïence rappelle sans doute, avec sa dominante bleue de plus en plus dense et foncée lorsqu'on passe du tambour jusqu'au sol, la transition d'une surface presque dématérialisée et comme transparente de cette couronne dans le ciel que constitue le tambour, aux murs de l'octogone de base, avec la fine dentelle de leurs carreaux d'azur, avec des plages dorées, de plus en plus rares en descendant du tambour à la terre, sans que jamais cesse complètement d'y filtrer la lumière dorée du ciel et de la coupole qui en est la messagère. Les dalles de marbre veiné de l'assise inférieure semblent frémir encore sous les derniers rayons de cette clarté céleste.

Sur l'encadrement de ruche des faïences dorées où ne cessent de jouer le soleil et l'ombre, les arcatures, aux courbes identiques et aux dessins variant d'un arc à l'autre dansent leur ronde autour de l'octogone, à peine interrompues par les portes, aux quatre points cardinaux, désignant ce lieu comme centre du monde. Au-dessus des arcs, cernant le mausolée, la calligraphie nakshi, aux subtiles inflexions, dernier chant de la terre à la gloire de Dieu avant la couronne du tambour et le rayonnement d'éternité de la coupole.

Nous entrons maintenant dans la Cité de Dieu. Ou plutôt dans un monde où la beauté nous en donne la métaphore terrestre.

Le roc, d'abord, d'où le Prophète Mohammed s'élança vers le ciel. Le lieu où l'homme prend conscience de sa dimension transcendante.

La genèse du monument commence avec ce rocher. IL n'est aucune de ses formes qui ne puisse être tracée à partir d'un simple cordeau.

Un cercle, d'abord, pour circonscrire l'affleurement du rocher. Ce sera la circonférence de la rotonde, quelques mètres plus haut. Simple pivotement du cordeau. Puis deux carrés inscrits dans ce cercle, décalés à 90 degrés pour former un octogone étoilé. Le prolongement des côtés de ces deux carrés composant l'octogone déterminent l'emplacement des piliers et les dimensions des facettes : celles-ci, à leur tour, définissent l'alignement des murs extérieurs de l'octogone final.Alors commence la métamorphose.

Nous entrons dans un autre monde.Un autre monde de formes : tout descend du ciel, comme la révélation. IL est dit dans le Mircaj nameh de Mir Haydar que, parvenu au septième ciel, le Prophète Mohammed aperçut une voûte céleste aux couleurs de la lumière. C'est elle que tente d'évoquer la voûte du Dôme du Rocher, avec ses rinceaux, ses entrelacs, ses arabesques, sa mosaïque entre la pourpre et l'or, rehaussée par le bandeau noir aux lettres cursives d'or, évoquant le message.

Au-dessous, les seize fenêtres où, filtrée par les vitraux, entre la lumière de Dieu, couleur de perle. Dans sa descente vers l'homme, elle dessine, par reliefs et ombres, à travers les arcs, les piliers, les colonnes articulant l'espace, l'arabesque enlaçant les hommes et leur univers, pour les entraîner dans le sillage de Dieu, toujours vivant, toujours créateur.

Sa parole calligraphiée se révèle dans les lieux où se porte en priorité le regard : à la bordure de la coupole, au creux du mihrab, dans l'encadrement du portail, mais aussi dans les frises de la muraille, sous les chapiteaux des colonnes, partout où une forme offre à l'oeil une prise d'envol pour l'infini et lui rappelle, au départ, l'interpellation de Dieu.

Il est dit, dans le Coran, que les hommes de foi connaîtront le Paradis, leur séjour éternel. L'atmosphère de beauté d'un lieu comme le Dôme du Rocher en est comme la lointaine annonciation.

Pris dans le réseau mystérieux de l'arabesque, de la cadence infinie des arcs et des colonnes articulant l'espace, de toutes les formes et les couleurs de la beauté spiritualisant la matière sans masquer les lignes de force de la construction, l'homme se situe, dans sa finitude, au coeur même de la beauté et de la vie de Dieu, dont ce mausolée est la parabole. Tout, ici, de la structure à la lumière, intègre l'homme à un vie plus haute que le quotidien. Cette parabole de pierre lui dit qu'un autre monde et qu'un monde autre sont possibles; elle le libère de la poussée des choses pour l'inviter à un autre appel, à une autre promesse que le désir. Elle lui enseigne l'unité et l'infinité de Dieu. Lorsque son regard redescend sur la terre, lorsqu'il contemple le rocher de l'ascension du Prophète, il se sent retourner à la glaise de sa création, comme s'il n'était plus, dans la main de Dieu, qu'une fibre vivante de ce rocher couleur de miel, d'or et ambre, dans la lumière infiniment douce et pénétrante de Dieu qui l'a crée, du même geste qu'il créa cette montagne, ces étoiles, le cristal du monde et sa voûte, et ce temple, fait de main d'homme, à l'appel de Dieu.
 
 
3- LES LIEUX SAINTS : 

LIEUX SAINTS D'AL-QODS AL-CHARIF

Comme Al-Qods a toujours été une ville sainte dans les religions abrahamiques monothéistes, les fidèles, qu'ils soient juifs, chrétien ou musulmans, y ont édifié bon nombre de sanctuaires, hérités de générations en générations jusqu'à nos jours. Quelquefois, nous trouvons qu'un même sanctuaire, quoiqu'il ait été édifié il y a très longtemps, continue toujours à accomplir ses fonctions religieuses, car deux qui arrivent à Al-Qods avec une nouvelle religion, considèrent, eux aussi, les anciens lieux de culte bâtis par leurs prédécesseurs comme des endroits sacrés. Cela a presque toujours été la règle dans l'histoire de nombreux peuples du globe, d'où -affirment certains historiens- la pérennité qui caractérise en général les lieux de culte de par le monde.

Dans ce qui suit, nous passerons brièvement en revue les principaux Lieux sacrés à Al-Qods Al-Charîf :

         1 - Lieux saints des Musulmans.

 Le plus important lieu sacré des Musulmans à Al-Qods est, sans conteste, la Qobbat Al-Sakhra (la Coupole du Rocher), fondée en l'an 72 H./791 par le Calife omeyyade 'Abd Al-Malik Ibn Marwân. Les avis sont différents en ce qui concerne les motifs qui ont incité le Calife à la construire. Certains pensent qu'il a voulu sauvegarder le Saint Rocher et rendre ainsi éternel le troisième Lieu Saint de l'Islam et ce, en se référant au Saint Hadith suivant du Prophète Sidna Mohammed, que la Prière et le Salut soient sur Lui :

« Le pèlerinage ne s'effectue que dans trois Lieux : à la Mosquée Al-Harâm (Mecque), à Ma Mosquée (Médine) et à la Mosquée Al-Aqsâ (Al-Qods) ».

D'autres avancent que le Calife a voulu édifier un monument qui perpétue son nom et qui serait de nature à égaler les autres monuments de la Syrie.

La Coupole du Rocher est un édifice à l'architecture très solide. Les quatre arcades qui comprennent les entrées s'orientent dans les quatre directions. Une coupole en bois se tient au-dessus du Saint Rocher. Elle est revêtue à l'extérieur par des planches de plomb et, à l'intérieur, par de belles sculptures dorées.

La hauteur de la Coupole atteint 20,44 m, mais par rapport au niveau du sol, elle est de 35 mètres, sans compter le croissant de 4.5 m surmonte la Coupole.

La Coupole est placée sur un support circulaire orné de mosaïques et dont les parois sont harmonieusement sculptées de motifs floraux aux couleurs bleuâtres très douces et infiniment merveilleuses. Au centre du tambour se trouve une frise en marbre, habillée de riches sculptures dorées. Cette frise couronne un mur percé de seize fenêtres, composées à l'extérieur de blocs de faïence à l'intérieur desquels se trouvent des vitrails multicolores.

Le support repose sur quatre piliers énormes couverts de marbres et disposés d'une manière circulaire. Entre un pilier et un autre se tiennent trois colonnes en marbre polychrome qui supportent quatre voûtes en marbre blanc et noir.

Les dimensions de la Roche Sainte sont de 13 m x 18m et sa hauteur est d'un mètre et demi. A l'intérieur se trouve une caverne de forme carrée qu'on peut atteindre en empruntant des escaliers. D'une superficie de 18 mètres carrés environ, cette caverne dispose d'un mihrab (niche de prières) en marbre et d'une ouverture au toit d'un mètre de long.

Entre la partie circulaire de l'édifice de la Coupole et l'octogone extérieur se trouve un octogone médian composé de huit poutres couvertes de marbre et seize colonnes en marbre polychrome disposé de telle sorte que chaque paire de poutres est séparée par des colonnes géminées. Poutres et colonnes supportent des voûtes décorées de mosaïque à motifs floraux et rinceaux d'arbres aux couleurs harmonieuses et dorées qui virent vers le bleu azuré.

Les différentes arcades sont séparées par des cordes en bois revêtues de bronze ciselé.

L'octogone médian sépare le portique du milieu de celui de dehors, tous deux coiffés d'un dôme en bois, revêtu à son tour de planches de plomb à l'extérieur et de bois sculpté à l'intérieur.

Les façades de l'octogone extérieur sont habillées à leur partie inférieure d'une couche de marbre et à leur partie supérieure de porcelaine qui date de l'époque ottomane et qui, jadis, était revêtue de mosaïque. Chaque façade dispose de sept rangées au sens de la hauteur à celles du support de la Coupole. Toutes ces fenêtres sont différentes les une des autres par leurs ornements et leurs couleurs.

La Coupole du Rocher est restée intacte et a pu résister à l'injure du temps grâce à la place privilégiée qu'elle a toujours occupée dans le coeur de tous les gouverneurs qui se sont succédé à AL-Qods à travers les siècles. La plus importante restauration qu'elle a connue était sans doute celle qui fut entreprise sous le règne du Calife abbasside Al-Mâmûn, alors que le véritable bâtisseur de cet édifice, comme tout le monde le sait, le Calife omeyyade 'Abd Al-Malik Ibn Marwân, on a omis de supprimer sur la frisé épigraphique à l'entrée de la Coupole, l'année de la construction qui date de l'époque omeyyade. A partir donc du règne d'Al-Mâmûn, on pouvait lire sur les murs de la Coupole du Rocher, l'inscription commémorative suivante :

« Cette coupole fut érigée par le Serviteur de Dieu, Al-Imâm Al-Mâmûn, Commandeur des Croyants, que Dieu soit satisfait de lui, en l'an 72 (de l'Hégire) ».

En l'an 407 de l'Hégire, un tremblement de terre secoua la ville et quelques parties de la grande Coupole tombèrent. Des travaux de réparation furent entrepris sous les ordres d'Ibn Al-Hâkim Bi Amri Allah Az-Zahir Li I'zâzi Dîni Allah (413 de l'Hégire) par l'architecte Ali Ibn Ahmed dont le nom est gravé sur les piliers en bois qui supportent la Coupole.

Quand les Croisés occupèrent Al-Qods en 1099, ils transformèrent la Coupole du Rocher (La Mosquée du Rocher) en une église. Ils bâtirent sur le Rocher un autel qu'ils baptisèrent « (l'Autel du Grand Seigneur ». Ils construisirent la cloison en fer croisé qui sépare le Rocher de la Mosquée.

Les prêtres-visiteurs se plaisaient à arracher du Rocher quelques morceaux qu'ils emportaient dans leurs pays pour les troquer contre de l'or. Pour mettre un terme à ces petits actes de vandalisme, les Croisés décidèrent de revêtir de marbre les murs du Rocher.

Quand le Sultan Salah Al-Dîn-Al-Ayyûbî libéra Al-Qods des mains des Croisés, il débarrassa le Rocher de tous les signes chrétiens comme les statues, l'autel et les icônes. IL a aussi fait disparaître le marbre posé par les Chrétiens. Ensuite, il a revêtu tous les murs de la Mosquée par du marbre travaillé par des mains musulmanes et a orné, d'une manière somptueuse, l'intérieur de la Coupole. La date de ces travaux de réfection a été enregistrée sur la frise épigraphique de la Coupole interne où on peut aisément déchiffrer l'inscription suivante :

« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, le Savant, le Justicier, Salah Al-Dîn Al-Ayyûb., a ordonné de redorer cette Coupole sacrée dans ces mois bénis de l'an cinq cent quatre-vingt-six de l'Hégire ».

Après la mort d'Al-Ayyûbî, tous les Sultans ayyûbides ont accordé une importance à la Mosquée du Rocher. Ils entreprenaient eux-mêmes son balayage et la nettoyaient avec de l'eau parfumée. Les Sultans mamelûks en firent autant. Ainsi le Sultan An-Nassir Mohammad Qalâwûn redora la Coupole de nouveau et commémora cet événement en l'inscrivant sur la frise épigraphique précitée de la manière suivante :

« C'est notre Seigneur, Ombre de Dieu sur terre, le Victorieux, le Martyr, feu Qalawûn qui a ordonné en l'an 718 (de l'Hégire) de redorer cette Coupole de l'intérieur et d'enduire la partie extérieure de plomb ».

Tous les autres Sultans et particulièrement Al-Malik Az-Zâhir Barqûq, Al-Malik Al-Charaf Barsbay, Al-Malik Az-Zâhir Jaqmaq et Al-Malik Al-Achraf Qaytbay emboîtèrent le pas à leurs prédécesseurs et accordèrent un grand intérêt à la restauration et à l'embellissement de la Mosquée de la Coupole.

A l'époque des Ottomans et plus précisément en l'an 945 de l'Hégire, Suleïmân Al-Kanuni ôta les mosaïques des façades du support de la Coupole et leur substitua de la porcelaine.

En l'an 1291 de l'Hégire, le Sultan 'Abd Al-Azîz entreprit des travaux dont les traces sont encore tangibles de nos jours. En 1292 de l'Hégire, le Sultan 'Abd Al-Hamîd a renouvelé la porcelaine de la partie supérieure du support de la Coupole où est gravée la Sourate « Yassine ». Il semble que cette porcelaine est plus raffinée et est de meilleure qualité que la porcelaine originelle.

Sous le mandat britannique, le Conseil Islamique Suprême a pris soin de la Coupole du Rocher et a entrepris quelques travaux de réparation en 1938.

A partir de 1947, Al-Qods dépendait du gouvernement arabe jordanien. La Coupole du Rocher fut placée sous la tutelle du « Comité pour l'entretien et la restauration de la Mosquée Al-Aqsâ et de la Coupole du Rocher » que présidait Son Excellence le Juge Suprême du Royaume hachémite de Jordanie.

Le Comité fit alors appel à des experts égyptiens pour la restauration de la Coupole qui présentèrent leur rapport en 1953. Depuis lors, des travaux de réparation ont été entrepris qui s'achevèrent en 1964. L'architecture de la Coupole fut somptueusement embellie. Dans tout le monde musulman, on fêtera cet événement important.

De nombreux voyageurs et historiens arabes et étrangers se sont ingéniés à décrire la Coupole du Rocher (la Mosquée du Rocher) en raison de la place privilégiée qu'elle occupe dans l'histoire de la religion islamique. Le grand voyageur tangérois Ibn Batûta l'évoque ainsi :

« C'est un des édifices les plus somptueux, les plus perfectionnés et les plus singuliers. En lui se marient, de la façon la plus heureuse, toutes les beautés architecturales, décoratives de ce joyau de l'art islamique... Polychromie et dorure sont presque partout présentes, déployant une grande richesse de tons qui fascinent par leur splendeur étincelante. Le contemplateur demeure séduit et ébloui par cette beauté ineffable ».

L'auteur du livre : « Massâlik al abssâr fî mamâlik al amssâr » (743 H.), Ibn Fâdil Allah Al Ma'amrî rapporte, que lorsqu'il visita Al-Qods la Coupole était revêtue de marbre blanc à l'intérieur.

De son côté, Al-Hanbalî la décrit en ces termes :

« La Coupole du Rocher est ornée d'incrustations polychromes, à l'intérieur comme à l'extérieur ».

De nombreuses autres personnalités ont décrit la Coupole du Rocher. Nous ne pouvons malheureusement pas les citer tous ici. Il nous suffit de rappeler qu'à l'époque contemporaine, un professeur suisse, dans une communication relative à la Coupole du Rocher, déclara :

« Une telle perfection architecturale, oeuvre d'un Empire qui n'a qu'un siècle d'existence, est un phénomène prodigieux qu'on rencontre très rarement dans l'histoire des civilisations ».

Creswell, quant à lui, l'évoque ainsi :

« La Coupole du Rocher occupe une place privilégiée dans l'histoire de l'architecture musulmane. Elle a séduit par sa beauté, son harmonie et sa splendeur tous les chercheurs et les savants qui ont tenteé de l'étudier ».

De son côté, Hartman la présente comme « un modèle de symétrie et d'harmonie ».

Enfin, pour Haytar Lewis « la Coupole du Rocher est le plus beau monument historique au monde ».

Après l'occupation d'Al-Qods arabe par les forces israéliennes, les Lieux Saints musulamns ont été la cible de constantes agressions visant leur destruction. Les actes de vandalisme et les sentiments d'hostilité animent toujours les agresseurs israéliens. Pour contrecarrer ces hostilités, la Commission pour la restauration de la Mosquée Al-Aqsâ et de la Coupole du Rocher a entrepris plusieurs démarches dont celle qui consiste actuellement à collecter des fonds dans le monde islamique en vue de restaurer de donc, de sauvegarder les sanctuaires musulmans à Al-Qods Al-Charîf.

Le deuxième grand édifice d'importance à Al-Qods est la Mosquée Al-Aqsâ, situé au Sud de la Coupole du Rocher. Sa superficie est estimée à 4.400 mètres carrés. Sa longueur est de 80 mètres et sa largeur de 55 mètres. Elle est supportée par une forêt de 53 colonnes en marbre et 49 piliers de forme carrée. La mise en chantier débuta sous le règne du Calife 'Abd Al-Malik Ibn Marwân en l'an 693 de l'ère chrétienne sous le règne du Calife Al-Walîd Ibn 'Abd Al-Malik.

L'emplacement de la Mosquée de 'Umar Ibn Al-Khattâb, que Dieu soit satisfait de lui, se trouve à l'Est.

La « Mosquée Al-Aqsâ » était un e appellation qui désignait toute l'Enceinte sacrée (Al-Haram Al-Qodsî) ainsi que ses différents sanctuaires (y compris la Coupole du Rocher). De nos jours, ce nom désigne uniquement le Grande Mosquée située au Sud de l'Esplanade d'Al-Haram.

En l'an 130 H./737, cet édifice religieux s'est beaucoup détérioré à la suite d'un tremblement de terre, mais en l'an 140 ou 141 H./758 ou759, lE Calife Al-Mansûr le remit sur pieds. il fut de nouveau détruit et cette fois, ce fut le Calife abbasside Al-Mahdî en 158 ou 163 H./774 ou 780 qui le rebâtit. En l'an 425 H./1033, il tomba totalement en ruine à la suite d'un nouveau séisme, ce qui fut une occasion pour le Calife fatîmîde Az-Zâhir li I'zâzi Dîni Allah de le remettre en bon état, mais cette fois-ci dans une aire moins vaste que l'ancienne. L'architecture datant de cette époque s'est maintenue jusqu'à nos jours tout comme les sept portes situées au Nord de la Mosquée.

IL est important de rappeler icic qu'une partie de la Mosquée Al-Aqsâ fut transformée en église et en dépôt pour les munitions des Templiers, du temps où les destinées d'Al-Qods étaient entre les mains des Croisés. Toutefois, le valeureux Salah Al-Dîn Al-Ayyûbi rendit la Mosquée à sa destination primitive sitôt qu'il libéra la ville. Il revêtit la Coupole de mosaïque de la plus haute qualité et fit venir d'Alep un minbar (chaire de prône) en bois incrusté d'ivoire qu'il plaça dans la mosquée comme symbole de la gloire de la religion d'Allah.

En l'an 614 H./1217, le Sultan Al-Malik Al-Mu'azzam greffa, à la partie-Nord de la Mosquée, une galerie dont les sept arcades s'ouvrent agréablement sur les sept portes de la Mosquée.

Les Mamelûks et les ottomans ont apporté, à leur tour, diverses retouches à la Mosquée Al-Aqsâ, mais la personnalité de celle-ci est demeurée intacte, à l'image de ce qu'lle était du temps des grands artistes que furent les Ayyubides.

La Mosquée a connu encore divers travaux d'aménagement pour la consolidation de la Coupole en particulier, comme ceux exécutés entre 1357-1363 H./1938-1943 sous l'égide du Conseil Islamique Suprême et qui concernèrent les galeries orientale et médiane de la Mosquée. D'autres travaux, sous le contrôle du Conseil précité, sont en cours de nos jours.

La Mosquée telle qu'elle se présente aujourd'hui a concervé, grosso-modo, sa forme ancienne bien qu'elle fût restaurée à maintes reprises à l'époque mamelûk et ottomane. Elle est considérée comme une oeuvre à la fois simple et grandiose. Sa salle de prières rassérène l'esprit par son immensité quio a sans doute incité les architectes à lui aménager une toiture en bois.

Au mois d'août 1969, la Mosquée Al-Aqsâ a été la cible d'une agression eet d'une profanation barbares commises par les forces d'occupation israéliennes, mais la Commission pour la restauration d'Al-Qods, la population de la ville, les Arabes et les Musulmans du monde entier ont réagi sur-le-champ pour enrayer les séquelles de cet incendies à la fois criminel et barbare.

En somme, la Mosquée Al-Aqsâ revêt un caractère sacré aux yeux de tous les Musulamans du globe. Les premiers fidèles se tournaient vers cette Mosquée aux heures de prière. C'était la première qibla. Troisième Lieu Saint de lIslam après ceux de la Mecque et de Médine, c'est de-là que le Prophète Sidna Mohammad-que le Salut et la Prière de Dieu soient sur lui- s'est élevé dans le ciel sur son burâq (cheval ailé). La Mosquée Al-Aqsâ a joué un rôle considérable à travers l'histoire, dans la vie religieuse, culturelle et politique de la Palestine, du Monde arabe et du Monde islamique.

L'Esplanade sacrée (Al-Haram Al-Charîf) comprend la Coupole du Rocher et la Mosquée Al-Aqsâ. Elle groupe aussi beaucoup de monuments commémoratifs tels que les dômes, les fontaines et les galeries.
 
Divers minarets y sont disséminés ceux de Bâb Al-Asbât, Bâb As-Silsila et Bâb Ghawânma.

De nombreuses portes donnent accès à l'Esplanade : Bâb Hitta, Bâb Al-'Utm, Bâb Al-Qattânîne, Bâb An-Nâzir, Bâb Ghawânma, Bâb Al-Mutahhara, Bâb As-Silsila, Bâb Al-Maghâriba et Bâb AAl-Asbât.

                 2 - Lieux Saints chrétiens

Les Chrétiens ont commencé à bâtir leurs églises et leurs édifices sacrés au 4e siècle de l'ère chrétienne lorsque Constantin fit construire en l'an 325 après J.-C. trois grandes  églises sur le Calvaire et à l'emplacement du tombeau de Jésus-Christ. Parmi ces édifices, il faut aussi citer le sanctuaire Eleona sur le Mont des Oliviers et une autre église à Beethléem.

Au 5e siècle de l'ère chrétienne fut construite l'église Saint-Jean qui existe encore de nos jours au centre de la ville. Il y a aussi divers endroits sacrés liés à Jésus, à la Vierge et au Saints. L'église Saint-Stéphane, par exemple, est l'un des lieux de pélerinage qui connaît le plus d'affluence parmi les fidèles. Elle est située au Nord de Bâb Dimachq (Porte de Damas).

 4-   DENOMINATION :

La ville d'Al-Qods a eu plusieurs noms de baptême à travers sa longue histoire. On peut citer entre autres appellations : Ur-Shalem, Jébus, Al-Madina, Aélia Capitolina, Beit Al -Maqdis, Al-Qods Al- Charîf, Dâr Es-Salam, Al-Qods.

Le nom de la ville fit son apparition pour la première fois dans des textes egyptiens (textes d'exécration) qui datent du 18e siècle et du 19 e siècle avant Jésus-Christ sous une forme pouvant être déchiffrée comme « Rushlimum ».Dans les écrits, en caractères cunéiformes, découverts à Tell Al-Amarna et datants du 14e siècle, le nom d'  »Urusalem »revient assez souvent sous la plume des scribes égyptiens. Au 7 e siècle avant Jésus-Christ, c'est l'appellation « Ursalimu » qui était couramment utilisée dans les écrits de San chérib. Bien avant cette époque, les Hébreux désignaient la ville par le vocable « Yerusalem », alors que opta les Grecs et les Romains l'appelaient « Hierosolima ». L'Occident, quant à lui, opta pour le nom de « Jérusalem ». En l'an 70 de l'ère chrétienne les Romains l'appelèrent « Solimus » et en l'an 175 ils désignèrent sous le nom de « Solima ». Tarn (1974) rapporte qu'à une certaine période de la civilisation hellénique, Al-Sods portait le nom d' « Antaquia » (Antioche).

Selon Ishaq Mûsa Al-Hosseinî, la ville d'Al-Qods était connue dans les ouvrages des historiens et des géographes arabes sous diverses dénominations telles que : Yerusalel, Hieroshalem, Shalem, Salem, Jébus, Sion Moriah, Aélia, Beit Al-Maqdis, Al-Qods, Al-Charîf.

L'Ancien Testament parle de Shalem qui est peut-être une abréviation de « Hieroshlem ». Ce nom est mantionné dans le Livre de Joshué, de même que dans la Genèse à propos de l'arrivée d'Abraham en terre cananéenne lorsqu'il fut reçu par « le Roi de Shalem » le Jébuséen. Le Libre des Juges cite le nom d' « Urshalem », alors que dans le Livre de Samuel II, la ville est appelée « Cité de Daoud » (Ville de David)... .

Avec l'avènement de l'Islam, Al-Sods a eu diverses appellations dont Beit Al-Maqdis, Beit Al-Qods, Al-Qods Al-Charif, Al Madina Al-Moqaddasa (la Ville Sainte) et Ilyâ' (Aélia). A ces divers noms Le Strange (1963) ajoute celui d' « Al Balât ».

La ville est également désignée par « La Mosquée Al-Aqsâ » et « Les Oliviers ». Ces appellations figurent dans les versets coraniques suivants:

« Gloire à celui qui fit voyager Son serveur la nuir de la Sainte Mosquée à la Mosquée très éloignée (Al-Aqsâ) dont Nous avons béni les aborsq afin de lui montrer certains de Nos Signes ».

5- SITUATION GEOGRAPHIQUE :

Dès le début de son histoire, Al-Qods était situé au Sud-Est du Mont Moriah. Il semble que les premiers habitants de la ville ont choisi spécualemejt cet endroit parce qu'il est protégé de trois côtés : de l'Est par la vallée du Cédron, du Sud par la vallée Hinnom et de l'Ouest par la vallée du Tyropéon.

La ville d'Al-Qods est située à 31° 52, de latitude Nord et à 35°13, de longitude-Est. Elle a été bâtie à 820 mètres d'altitude sur quatre montagnes : le Mont Moriah, le Mont 'Akra, le Mont Bésétha et le Mont Sion. Elle est à 52 km de la Mer Méditerranée, à 22 km de la Mer Morte et à 250 km de la Mer Rouge. Les distances qui la séparent d'Ammân, de Beyrouth, de Damas et du Caire sont respectivement de l'ordre de 88 km, 388 km, 290 km et 528 km. Elle est par ailleurs à 865 km à vol d'oiseau de Baghdâd.

Relief

Al-Qods est bâti sur un escarpement rocheux qui comprenait jadis cinq monticules :

Fûria : c'est là où se trouse la Mosquée Al-Aqsâ.

Az-Zahra : c'est le mont qui domine le village de Salwân.

Sion : c'est le monticule qui donne sur la piscine dite d'As-Sultân.

Akra : c'est l'actuel quartier des Chrétiens.

Bézétha : c'est le mont qui s'étend de la Porte Hitta à la Porte Al 'Amûd.

De nos jours, l'extension de la ville s'est faite dans toutes les directions et les constructions ont recouvert bon nombre de plateaux avoisinants dont les plus importants sont : le Mont des Oliviers, le Mont Al-Mâchârif, le Mont Al-Qatmûm et le Mont Al-Mokabbir.

Climat

Le climat d'Al-Qods est de type méditerranéen. La température moyenne est de 9°,7 au mois de janvier et de 25° au mois d'août. En 1941, Al-Qods a connu une vague de chaleur qui a atteint 44°.

Des études sur les conditions climatiques de la ville ont démontré que les périodes allant de 1854 à 1873 et de 1924 à 1936 ont été des périodes sécheresse.

D'une manière générale, le climat d'Al-Qods est très doux. L'air y est très vivifiant. En été, la ville reçoit une brise maritime qui adoucit la chaleur. Les Vents du Nords y sont inexistants. Ceux qui soufflent du Nord-Ouest sont légers et doux et ceux venant de l'Ouest sont fréquents en hiver.

Dans son livre « Ahsanu attaqâsîm fî ma'rifati al aqâlîm », Al Maqdisî décrit le climat d'Al-Qods de la manière suivante :

« La Ville ne connaît pas d'hivers rigoureux. ni de chaleurs torrides. Elle est très rarement concernée par la neige. Son air n'est ni trop chaud, ni trop froid, ressemblant ainsi à celui du Paradis » .

6- URBANISME :

LE DEVELOPPEMENT DE L'URBANISME DANS LA VILLE D'AL-QODS

La ville d'Al-Qods fut édifiée au début sur les collines d'Az-Zuhûr qui donnent sur le village de Salwân, dans la partie Sud-Est de la Mosquée Al-Aqsâ. Ce lieu a probablement été choisi pour deux motifs : d'une part, pour une raison de sécurité, car il est facile de défendre la ville de ces hauteurs et, d'autres part, parce que cet endroit est tout proche de la source Aïn Um Al-Durj située à la partie orientale d'Az-Zahûr.

Le site est limité à l'est par la Vallée de Cédron, au sud par la Vallée Ar-Rabâbina (Hinnom), à l'ouest par la Vallée Az-Zable.

Cet endroit fut délassé par la suite. D'autres places furent choisies ailleurs, notamment sur la Colline Bézétha située au nord-est de l'actuelle cité, entre Bâb As-Sâhira, Bâb Hitta et Moriah, le plateau de l'esplanade d'Al-Haram à l'est et le mont Sion au sud-est.

Toutes ces hauteurs sont situées à l'intérieur des murailles de la ville.

La cité s'est agrandie à travers les siècles. Elle fut dotée, depuis l'âge de bronze, de fortifications qui la protégeaient des attaques des ennemis. C'est ce qu'ont démontré d'ailleurs des fouilles archéologiques faites à Al-Qods. Elle s'est considérablement développée à l'époque romaine. Aussi sa superficie couvait-elle plus de deux kilomètres carrés à cette époque et également à l'époque byzantine. Toutefois, la ville ne s'est réellement agrandie qu'à partir de la conquête arabo-musulmane pour des raisons relatives au caractère sacré d'Al-Qods et grâce aux actions déterminantes du Calife 'Umar Ibn Al Khattâb et des Califes umeyyades et abbassides.

Yaqût Al-Hamawî (626 H./1228) a décrit la ville d'Al-Qods en ces termes :

« Ses terres et ses fermes sont situées sur des reliefs. Il n'existe guère de plaines à proximité ou autour de la ville. La cité elle-même est construite sur des montagnes et tout son sol est rocailleux ».

Lors de sa visite à Al-Qods en 1670 après J.-C., le voyageur turc Evliyâ Tchélébî rapporte que la ville était d'une grande importance, non seulement par son caractère sacré, mais aussi par ses ressources économiques et par l'effectif de sa population qui atteignait quarante-six mille individus. Il a aussi cité les noms de ses hammams, de ses fontaines publiques, de ses médersas, de ses églises, de ses tekkiyye et de ses souks.

Le plan de l'antique Al-Qods se compose de deux parties principales : la première s'étend de Bâb Al-khalîl à l'ouest jusqu'à Bâb As-Silsila à l'Est, la seconde commence à Bâb Al-Amûd et s'achève près du Nabî Daoud au sud.

La ville était divisée en plusieurs quartiers comme cela était le cas pour toutes les autres cités musulmanes depuis l'époque médiévale jusqu'au 19e siècle. Chacun de ces quartiers était habité par une communauté religieuse ou ethnique différente.

On trouve à Al-Qods quatre quartiers de proportions inégales. Il y a tout d'abord le quartier chrétien qui est situé à l'ouest de la ville. Habité par les communautés arméniennes et romaines, ce quartier était le moins peuplé de la ville jusqu'en 1845 où le nombre de ses habitants ne dépassait guère 2390 âmes. IL y a ensuite le quartier juif qui couvre la partie sud-est de la ville. Enfin, les deux autres quartiers qui se situent dans la partie nord-est autour du Haram sont essentiellement peuplés de Musulmans.

A cause de la croissance démographique et de l'évolution sociale de la population, la ville a dû progresser et s'étendre dans toutes les directions, au-delà des murailles, afin de pouvoir contenir tous les habitants et leurs nouvelles demeures.

Il faudra remarquer ici que l'extension de la ville n'a pas suivi la même évolution dans toutes les zones parce que la nature topographique du relief y est différente. C'est ainsi que les habitants ont envahi les montagnes environnantes où furent construits les nouveaux beaux quartiers comme le quartier Al-Machârif sur le Mont Al-Mokabbir, le quartier Cheïkh Jarrah connu aussi sous le nom de Bâb As-Sâhira, le quartier Masrâra, le quartier Lafta au nord et au nord-est, les quartiers Al-Baq'a et At-Thawrî au Sud et les quartiers Ras Al 'Amûd et Wâdî Al-Jawz à l'est.

Après la libération d'Al-Qods des mains des Croisés par Salâh Al-Dîn Al-Ayyûbî, la ville a commencé à s'étendre au-delà des murailles, mais il s'agissait là surtout de la construction d'édifices religieux destinés à conférer un caractère de sainteté à la banlieue d'Al-Qods.

Par la suite, à l'époque ottomane, les habitants musulmans d'Al-Qods ont commencé, vers le milieu du 19e siècle, à bâtir à l'extérieur des murailles, des maisons, des cimetières, des palais de villégiature. Puis, à partir de 1860, ils y ont édifié des résidences permanentes. Ces constructions ont continué à se développer jusqu'à la première guerre mondiale.

Il était tout à fait dans l'ordre des choses que les habitations musulmanes soient situées à proximité du quartier des Musulmans et d'Al-Haram Al-Charîf.

Il semble que les édifices religieux susmentionnés et la construction de la route reliant Al-Qods à Naplouse a l'extension de la Ville Sainte au-delà des murailles.

En réalité, les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs ont commencé à construire des habitations en dehors des anciennes murailles de la ville à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. C'est ce que révèlent, en tout cas, les plans et les photographies aériennes qui datent de cette époque ainsi que les renseignements verbaux fournis par certains membres des familles musulmanes qui sont encore en vie. Par ailleurs, les documents émanant des non-Musulmans qui entretenaient des relations avec les communautés musulmanes ont , eux aussi, fourni aux chercheurs des renseignements précieux sur cette question.

Il est évident que ce développement de la ville nous renseigne sur le caractère des relations culturelles, religieuses et économiques qui prévalaient sous le règne des Ottomans ainsi que sur la nature des constructions qui étaient conformes à la mode de l'époque.

Les chroniques historiques révèlent que les Chrétiens et les Juifs furent les premiers à habiter à l'intérieur des murailles au milieu de l'année 1950 environ et cela pour plusieurs raisons. C'est que les Musulmans possédaient déjà des habitations à l'intérieur de la ville. Par conséquent, ils n'avaient pas besoin d'en construire d'autres. En outre, ils habitaient dans des maisons appartenant aux biens de mainmorte dont le loyer était purement symbolique. Ils ne disposaient surtout pas de ressources financières qui pouvaient leur parvenir de l'extérieur comme c'était le cas pour les Juifs et les Chrétiens. Les rares familles musulmanes à avoir opté pour la construction des résidences et de palais à l'extérieur des remparts d'Al-Qods étaient connues pour leur aisance et leur opulence.

C'est à partir de 1870 que les Musulmans ont commencé à construire des maisons pour le séjour permanent à l'intérieur des murailles dans cinq zones situées toutes au Nord de la ville et ayant des voies d'accès sur Al-Haram Al-Charîf et le quartier musulman sis à l'intérieur des murailles. Ces pâtés de maisons se sont surtout concentrés à proximité des édifices religieux comme la mosquée Sa'ad et Sa'ad, la mosquée Cheïkh Jarrâh, la zaouïa Al-Adhamiyya. Certaines agglomérations islamiques se sont multipliées à proximité de Bâb Jaffa, à Al-Baq'a, à Masrâra, aux endroits qui entourent l'Avenue d'Ethiopie.

Une étude approfondie nous révéla qu'il y avait cinq quartiers musulmans situés à l'intérieur des murailles durant la période comprise entre 1865 et 1918. Il s'agit des agglomérations suivantes :

1 - Le quartier Mas'ûdiyya.

Ce quartier s'étend au nord de Bâb Damas. Son nom lui a été attribué par l'administration turque. Cette appellation a également concerné par la suite Sa'ad et Sa'ad. Depuis 1870 et jusqu'au milieu de 1890, on y a bâti très peu de maisons, sauf le long de l'Avenue des Anbiyya et de la Rue Naplouse. Les familles les plus renommées qui ont construit des maisons dans ce quartier sont celles des Ad-Duzwâr, Nassîba, An-Nachâchibî et Al-Khalidî.

Entre 1894-1918 a été édifiée la zone située entre Sa'ad et Sa'ad et les résidences des familles Ad-Duzwâar et Nassîba sur l'Avenue des Anbiyya. Les familles Charaf, Ad-Dawrî et Hijâzî se sont implantées dans cette zone.

A noter ici que le recensement de 1905 dévoile l'existence de 119 familles de nationalité ottomane dont 59 sont musulmanes, 43 de religion chrétienne et les autres de confession juive.

2 - Le quartier Bâb As-Sâhira.

Ce quartier est situé au nord de Bâb As-Sâhira. Administrativement, il dépendait du quartier Cheïkh Jarrah.

En 1880, il n'y avait dans ce quartier que quatre maisons appartenant aux familles Al-Ansârî, Al-Chihâbî et al-Husseïnî. Le nombre de ces résidences se multiplia dans plusieurs agglomérations dont la première apparut le long de l'Avenue Salah Al-Dîn Al-Ayyûbî et qu'occupèrent les membres des familles Al-Husseïnî, Nassîba, Hallâ et Chichya, la deuxième au nord de Bâb As-Sahîra où se concentrèrent les familles Al-'Alami, Al-Husseïnî, An-Nachachibî, Abû Sa'ûd, Al-'Afîfî et Al-Badîrî.

Pendant le recensement de 1905, ce quartier n'était pas autonome, mais il faisait partie intégrante de l'agglomération qui comprenait Wâdî Al-Jawz, Al-Husseïnî et Cheïkh Jarrah.

Dans leurs publications concernant la période comprise entre 1902 et 1904, les registres fonciers considéraient le quartier As-Sâhira comme une zone autonome ne dépendant pas de Bâb As-Sâhira malgré la similitude de leur nom. Des photographies aériennes prises en 1918 y ont révélé une cinquantaine d'habitations.

3 - Le quartier Wâdî Al-Jawz.

Le quartier Wâdî Al-Jawz est situé au nord et au nord-est des murailles de la ville à proximité de l'ancienne route d'Arîha (Jéricho) dans la direction de la route d'Anâtâ.

Au milieu de l'année 1890 il n'existait dans cette zone que deux maisons au bord de la route, habitées par des membres des familles Al-Badîrî et Chahwân.

Au début de la première guerre mondiale, d'autres maisons appartenant aux familles d'Al-Hindî furent construites sur les pentes de la vallées Al-Jawz. Des familles comme celles d'Ad-Durvîk, d'Al 'Akrmâwî, d'Abû Ghazâla, de Hamdûn, de Kamâl, de Qotaïni y ont bâti des résidences, mais celles-ci étaient moins luxueuses et d'une apparence plutôt sobre que celles qui s'élevaient dans les autres quartiers. En 1918, on a pu recenser ces maisons à partir de photographies aériennes.

4 - Le quartier Al-Husseïnî.

Le quartier Al-Husseïnî se trouve à l'est de l'Avenue Salâh Al-Dîn Al-Ayyûbî et de la route de Naplouse, et au sud du Cheïkh Jarrâh. C'est dans cette région que sont apparus les plus vastes et les plus anciens quartiers musulmans.

En 1890, il n'y existait que six habitations qui étaient celles de Younès, Rabâh et Sélim Al -Husseïnî. Deux maisons appartenaient à la famille Nassîba et une autre à la famille Afîfî. Ce quartier prit le nom d'Al-Husseïnî parce que la quasi-totalité de ses habitants était de cette famille. C'est sous ce nom d'ailleurs qu'il fut mentionné dans les permis de construction délivrés par la municipalité d'Al-Qods.

5 - Le quartier Cheïkh Jarrâh.

ce quartier est situé à l'extrême nord, au carrefour de la route de Naplouse et celle qui conduit au Mont Al-Machhad. Les premières maisons y apparurent entre 1870 et 1890 et appartenaient aux familles Jâr Allah, An-Nachâchîbî et Mourâd entre autres. Les Constructions se sont multipliées pour donner naissance au quartier Cheïkh Jarrâh.

Au début de 1918, des résidences appartenant aux familles Ad-Dajânî, Hindiyya, Al-Cheïkh, Ghoucha et Ad-Dabîcha furent bâties à proximité du carrefour. On en dénombrait une trentaine à l'époque d'après des prises de vue aériennes.

A tous ces quartiers, il faudra ajouter la zone d'Al-Baq'a dont la population est moitié musulmane, moitié chrétienne, et la région qui se trouve à proximité de Bâb Jaffa (Bâb Al-Khalîl) en direction de Hûrat Al 'Inab.

Il est hors de doute que l'architecture dans la région d'Al-Baq'a ressemble à celle des quartiers précités, alors que le quartier Hûrat Al 'Inab est tout à fait différent, puisqu'il abrite des familles multiconfessionnelles et se présente de ce fait comme un quartier cosmopolite.

Le fait à relever ici est que certaines familles musulmanes habitaient dans des quartiers chrétiens, comme les familles Masrâra et An-Nachâchîbî dans les régions de Mâmillâ et Al-Machiyya. D'autres s'installaient dans les quartiers juifs à l'instar de la famille Al Ya'qûbiyya et même dans les quartiers juifs et chrétiens à la fois, ce qui est le cas de la famille As-Sarrâfiyya.

Il est intéressant de constater que les quartiers musulmans se sont développés, au début, par le biais de la parenté et que les familles qui ont opté pour la construction d'habitations en dehors de l'enceinte d'Al-Qods étaient riches et exerçaient une influence sur la vie politique, économique et religieuse de la ville . Nous en avons déjà cité quelques-unes parmi les plus influentes.

Parmi les facteurs qui ont contribué amplement au développement de ces nouveaux quartiers situés en dehors des remparts de la ville, l'existence de voies de communication avec la Vieille Ville considérée comme le centre de l'activité commerciale où pullulaient souks, khânats (caravansérails), hammams (bains turcs), écoles et bâtiments publics.

L'apparition de nouveaux services publics en dehors des murailles a aussi grandement aidé au développement des quartiers dans cette partie de la ville. Notons, à titre d'exemple, l'ouverture de l'école Ar-Râchidiyyi, l'ouverture de Bâb As-Sahira qui demeurait auparavant close pendant la nuit et la prolifération de boutiques pour la commercialisation de produits alimentaires. La construction de la route menant à Naplouse et qui date de la fin du 19e siècle(289) est pour quelque chose dans le développement de ces quartiers qui ont vu fleurir partout des boutiques mettant à la portée des gens des matériaux de construction.

Sous le détestable mandat britannique, la ville d'Al-Qods a connu un grand développement urbain qui pourrait s'expliquer par les facilités accordées par les autorités britanniques aux Juifs désireux d'émigrer vers la Palestine. Le Fonds Sioniste pour la colonisation du territoire palestinien octroyait des sommes d'argent considérables aux émigrés juifs qui entreprirent la construction de maisons dans les villes palestiniennes et notamment à Al-Qods Al-Charîf. C'est ainsi que de nouveaux grands quartiers virent le jour à l'ouest et au sud-ouest de la ville dont l'environnement historique de la ville d'Al-Qods.

En 1948, la muraille occidentale de la ville devint une cloison étanche entre Arabes et Israéliens à la suite de la signature de l'armistice. Ainsi la ville nouvelle fut annexée à Israël. Après cette date une nouvelle ville arabe apparut au nord et vint prolonger la vieille cité.

Actuellement, trois parties bien distinctes composent la ville d'Al-Qods :

1 - La cité antique entourée des murailles bâties par le Sultan Suleïman le Kanuni (Le Législateur) au 16e siècle. Elle comprend la majorité des monuments historiques et des sanctuaires islamiques.

2 - Le nouveau quartier situé au nord de la vieille cité et qui est considéré comme le prolongement de la ville vers le nord en direction du Mont des Oliviers.

3 - Le quartier du sud -ouest qui constitue la partie juive de la ville moderne. Ce quartier s'est rapidement(292) développé grâce à l'aide financière octroyée généreusement à Israël par les organisations sionistes internationales et les Etats-Unis d'Amérique.

Après l'occupation de la ville arabe d'Al-Qods en 1967, les forces sionistes, défiant toutes les lois internationales, ont procédé à l'annexion de la ville arabo-musulmane à l'Etat d'Israël. De ce fait, des quartiers et des villages arabes comme Wâdi Al-Jawz, At-Thawrî, Salwân, At-Tûr, Al-Aïssawiyya, Beït Hanîna, Ch'ât, Falandiyya, Beït Safâfa, Charafât, Sûr Bâhir et bien d'autres régions furent rattachées à la municipalité israélienne d'Al-Qods.

Par la suite, Israël entreprit la construction de grands quartiers comprenant des centaines d'immeubles où habitent maintenant des milliers de familles juives. La ville d'Al-Qods a été ainsi privée de son cachet de cité arabo-musulmane. Sa beauté légendaire fut étoilée et son importance touristique sur le plan religieux diminua considérablement.

Les autorités israéliennes ont élaboré de nouveaux plans pour la judaïsation de la ville. Pour réaliser cet objectif, elles ont créé un organisme dénommé « La Société pour l'Aménagement de la vieille ville » dont la tâche consiste à judaïser purement la ville antique. Son triste bilan se résume en la destruction des quartiers résidentiels arabes et leur substitution par des immeubles dont les propriétaires sont des Juifs.

La promulgation le 30 juillet 1980 du statut spécial stipulant qu'Al-Qods est la capitale d'Israël n'a fait qu'aggraver davantage la situation.

 

  

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